Alors que 33 Etats sont menacés de désordres sociaux à cause des prix agricoles qui ont presque doublé en trois ans, selon la Banque mondiale, la compagnie de bancassurance belge KBC s'attire les foudres des parlementaires pour avoir vanté en février dernier un produit d'assurance vie invitant les investisseurs à «tirer avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires».

Est-il décent de vendre aussi crûment une «opportunité» quand celle-ci signifie qu'à l'autre bout de la chaîne des familles ne mangent plus à leur faim? Les socialistes belges et européens estiment que non et veulent interdire la diffusion et la promotion de fonds d'investissement liés aux prix alimentaires.

Leur indignation est sincère, mais l'argument moral mal placé. Si la démarche de KBC soulève des doutes, c'est sous l'angle de la prévoyance: est-il cohérent de proposer un placement à long terme reposant sur une vague en partie spéculative dont on ne sait ce qu'elle deviendra dans six mois?

KBC fait comme beaucoup d'investisseurs sans imagination déboussolés par la crise: elle se jette sans retenue sur le dernier gadget à la mode.

Si le blé et le riz se font rares, il semble en revanche que la finance ne connaisse aucune pénurie de moutons.