Il y a quelques années, l'Autrichien Franz Humer, patron de Roche, revendiquait la primauté de la recherche pharmaceutique. Il raillait le modèle de croissance à l'américaine, incarné par Pfizer ou Novartis, axé sur le gonflement des budgets promotionnels et l'engagement d'une armée de délégués médicaux. Il passait pour un doux rêveur, un nostalgique dépassé dans la course au blockbuster, médicament générant au moins 1 milliard de dollars de ventes annuelles. Roche était considérée comme de la molasse pour avoir tardé à inculquer des notions de marketing à ses chercheurs. L'entreprise était mûre pour la fusion. Novartis flamboyait.

Le vent a tourné. La persévérance stratégique de Roche paie aujourd'hui. Le groupe bâlois a dynamisé sa recherche, «synergisé» les divisions diagnostics et pharma, liquidé les produits bas de gamme (vitamines, médicaments sans ordonnance). Roche est devenue granit et numéro un incontesté en oncologie. Novartis, sur l'autre rive du Rhin, dépense son trésor de guerre sur le marché des médicaments génériques. Leurs routes ne se croiseront sans doute jamais.