En Suisse coexistent quelque 3000 régimes fiscaux différents. C'est peut-être trop. Mais une chose est certaine: sans la concurrence fiscale entre les cantons et les communes, les taux d'imposition helvétiques ne seraient certainement pas inférieurs, en moyenne, à ceux des Etats voisins.

Et pourtant, dans leurs discours, les ténors de l'Union européenne (UE) tirent à boulets rouges sur la concurrence fiscale. Facteur universellement reconnu de baisse des prix à qualité égale dans tous les domaines de l'économie, la concurrence serait, paraît-il, «dommageable» dès que les revenus de l'Etat sont en cause.

Selon la Commission européenne, une harmonisation «minimale» de la fiscalité de l'épargne des Etats membres s'impose, pour que le marché unique puisse donner sa pleine mesure. Comme si le marché suisse ne fonctionnait pas, faute d'harmonisation! Et d'ailleurs, on peut se demander ce que «minimal» veut dire dans ce contexte.

Toujours est-il que c'est au nom des aspirations à l'harmonisation fiscale, à la «coordination au niveau communautaire pour prévenir les discriminations transfrontalières», que Bruxelles mène campagne pour l'échange d'informations sur la manière dont les citoyens s'acquittent de leur devoir fiscal. Le compromis de Feira, sur lequel se fonde la négociation avec la Suisse sur l'échange d'informations, tente précisément d'enrayer la concurrence fiscale entre les Quinze.

Etant donné l'extrême mobilité internationale des capitaux, on peut comprendre que l'UE cherche à englober les principaux centres financiers dans ses efforts d'homogénéisation: sans cela, une politique fiscale coordonnée n'aurait guère de sens. Si l'on admet ce raisonnement, on notera cependant que l'UE ne cherche aucun accord avec Hongkong, Singapour ou les Bahamas, et l'on en conclura soit que Bruxelles souffre de forte distraction, soit qu'il voudrait en fait renforcer les places financières lointaines au détriment du Vieux Continent.

Quoi qu'il en soit, il serait temps que les entreprises et les particuliers des pays membres de l'UE prennent conscience du danger que représenterait pour eux l'érosion, voire à terme la disparition, de la concurrence fiscale entre les Etats. Pour l'instant, ils disposent encore de quelques moyens de pression permettant de limiter l'appétit exagéré de leurs appareils gouvernementaux: ils peuvent partir, transférer des activités, et ainsi de suite. Si, après tant d'autres, cette liberté devait aussi être sacrifiée sur l'autel de l'égalité, tous seraient perdants.