La place financière suisse reste le numéro un mondial dans la gestion de fortune privée. Mais derrière la tranquille façade helvétique se vit une douloureuse transition. Prompte à adopter des réglementations dignes d'une place «propre», la place suisse n'a pas été aussi rapide à remplacer ses anciens atouts (totale discrétion, refuge fiscal) par de nouvelles forces (innovation, performance) qui assureraient son succès futur.

Or il est évident que les concessions réglementaires dues aux pressions internationales ont restreint l'afflux d'argent dans les coffres suisses, et que les conditions du métier sont sans comparaison avec l'âge d'or du private banking à l'ancienne.

Résultat: la gestion de fortune traditionnelle n'offre ni les atouts du passé, ni (encore) ceux du futur. Les chiffres des petits établissements attestent d'une quasi-crise de croissance: chez nombre d'entre eux, plus aucun franc de clientèle privée transnationale ne rentre depuis près de deux ans. Etranglés par les coûts réglementaires, ils peinent à augmenter les recettes.

Les pressions de l'UE, Londres et Washington ont fait lâcher quelques digues de concurrence. La définition du blanchiment n'a cessé de s'élargir, la lutte antiterroriste est venue s'y ajouter. Ces barrières, qui rendent tout client a priori suspect, ont déjà refroidi le profil rond, arrangeant et cordial du métier où excellaient les Suisses. Avec l'émergence d'un client nouveau, venu principalement d'Asie, il fallait définir le nouveau «banquier suisse».

Mais une réflexion stratégique a manqué à un moment clé. La place financière dépend toujours à 75% de la clientèle européenne. Elle n'a pas montré la même «diligence» à aller chercher les patrimoines en forte croissance d'Asie, à s'ériger en leader de l'ingénierie financière et patrimoniale quand celle-ci a remplacé la traditionnelle gestion d'actifs, à se distinguer par les performances supérieures de ses gérants, toujours trop conservateurs.

Pour éviter une réforme structurelle qui sacrifierait des banques de taille modeste, la place helvétique doit tendre en ligne droite vers l'essor des placements recherchés par ces nouveaux clients, comme les hedge funds et les nouveaux instruments dérivés, le private equity, et clarifier le cadre légal pour les trusts. Les autorités suisses ont leur part de responsabilité, ayant agi plus lentement dans cette voie que Londres ou le Luxembourg. Il faut donc une «union stratégique», volontariste, entre institutions financières et autorités.

Les accords Suisse-UE stabiliseront le cadre juridique pour environ 10 ans. Au-delà, rien n'est plus garanti. Reste à espérer que la Suisse ne perdra plus de temps pour préparer sa compétitivité à un monde post-secret bancaire.