Le Conseil fédéral a donc décidé d'octroyer 80 millions de francs à un programme de soutien aux régions périphériques «victimes» de la libéralisation des services de l'Etat, la téléphonie et la Poste en particulier.

Ce geste, fruit d'un compromis comme sait les produire notre système politique, doit absolument s'inscrire dans un programme plus ambitieux et plus novateur s'il ne veut pas rimer avec coup d'épée dans l'eau. Et l'élaboration d'un programme de développement économique doit être le produit d'une réflexion profonde, sans tabou, sur les secteurs porteurs de l'économie de demain et sur les moyens de les faire fructifier en Suisse – en particulier dans les régions périphériques.

Les exemples foisonnent, même en Europe, de régions qui ont dû se relever de situations difficiles pour parvenir à émerger ensuite comme des centres de compétences générant de la richesse et de l'emploi. Ces transformations n'ont pas eu lieu du jour au lendemain, mais elles sont nées d'une volonté entrepreneuriale des Etats qui, loin de se substituer au marché, en ont adopté les règles et compris les mécanismes pour mieux les utiliser. L'Irlande, la Finlande et, dans une mesure moindre, l'Ecosse ont à cet égard montré la voie. Il fallait prendre le risque de brusquer les habitudes et de changer certains fonctionnements.

Aujourd'hui, la Suisse n'est pas confrontée à la même situation économique. Et ses régions périphériques ne croulent pas sous les chômeurs. Après une lente sortie de la crise, les conditions d'une transformation des conditions cadres pour préparer l'avenir sont donc excellentes: c'est le moment de se dire qu'il est plus important d'attirer des entreprises de haute technologie que de savoir combien d'impôts elles vont payer, qu'il est essentiel de permettre aux nouvelles sociétés de construire des plans de stock options attractifs pour l'ensemble de leurs employés, qu'il est temps que des règles boursières anachroniques disparaissent. Créer des entreprises, créer des emplois: c'est vers ce but que les efforts doivent se fédérer.