Le Parlement européen a accepté, en début de semaine passée, la directive relative au commerce des émissions de gaz à effet de serre. Ce texte doit encore être adopté par le Conseil, ce qui ne semble être qu'une formalité. En fait, il s'agit avec le recul d'une vraie révolution. Cet instrument sera le principal utilisé par l'Union européenne (UE) pour répondre aux objectifs de diminution de gaz à effet de serre fixés par le Protocole de Kyoto. Conclu en 1997, ce texte engage les pays industrialisés à réduire globalement de 8% leurs émissions de gaz à effet de serre entre 2008 et 2012 par rapport à la situation de 1990.

Le fonctionnement de ce marché est simple. Chaque industrie fixe aux entreprises des objectifs à atteindre. Ainsi, une compagnie qui dépasse son quota d'émission de dioxyde de carbone (CO2) peut acheter à une autre société qui en produit moins l'excédent du droit à polluer de cette dernière. De plus, conformément à la flexibilité offerte par le Protocole de Kyoto, une entreprise qui s'engage à la replantation de forêts dans un pays émergent reçoit des crédits d'émissions pour le CO2 absorbé par ses arbres. Les forêts naissantes fonctionnant comme des «puits de carbone» capables de fixer le gaz carbonique présent dans l'atmosphère. Ce système concernera d'abord les secteurs fortement consommateurs en énergie avant de s'élargir à d'autres branches.

Exploitant à des fins écologiques des mécanismes économiques, le pragmatisme européen montre donc la voie. Dans l'idéal, ce marché s'élargira à terme au Canada, à la Nouvelle-Zélande, à la Norvège voire à la Suisse. L'absence des Etats-Unis, qui n'ont pas signé le Protocole de Kyoto, ne relativise en rien cette avancée.

Au niveau helvétique, des négociations ont lieu en ce moment avec le secteur privé pour réfléchir à un marché intérieur similaire. Toutefois, si les Helvètes ne mettent pas rapidement en œuvre la loi sur le CO2, qui comprend entre autres ce marché des droits à polluer, les émissions de gaz ne reculeront que de 1,3% d'ici à 2010, estime une récente étude de l'EPFZ. Ces chiffres parlent en faveur d'une accélération du processus dans un pays, qui se félicitait il y a plus de dix ans lors du Sommet de Rio de compter parmi ces entrepreneurs, Stephan Schmidheiny, alors porte-parole d'une industrie sensible à la problématique environnementale. La Suisse a aujourd'hui un temps de retard.