Les «intouchables», selon le titre de la page d'entrée du site Internet des «personnes déçues par la Banque Cantonale de Genève», ont donc été inculpés. Avant même qu'on sache si tout ce qu'on leur reproche est exact, trois de ses anciens dirigeants et deux de ses anciens réviseurs aux comptes ont ainsi été désignés coupables. Des preuves? Il sera bien temps d'en faire état quand les dossiers seront sous les yeux du président du tribunal.

Par contre, bien avant un quelconque verdict sur les responsabilités personnelles de ces «intouchables», le gâchis aura été complet pour une banque qui tente de s'en sortir depuis sa fusion. Car la banque n'est pas «intouchable». La politique locale et cantonale se plaît à la présenter comme étant celle de «tous les Genevois». Mais elle s'évertue aussi, toutes tendances confondues, à en détruire systématiquement l'image sans faire aucune attention aux efforts de ses nouveaux responsables pour changer sa direction.

Vendredi prochain, en annonçant de piètres résultats pour 2000, ces nouveaux responsables pourront bien sûr en rejeter la cause sur leurs prédécesseurs. Notamment sur ceux qui ont été inculpés vendredi. Ce sera dans l'ordre des choses: il faut des victimes! Hier «intouchables», celles-là ont pourtant fait un jour des choix, sous l'influence de décideurs politiques encore plus «intouchables», dont elles doivent aujourd'hui assumer les conséquences.

Leurs successeurs, que ces mêmes «intouchables» politiques surveillent, ont fait d'autres choix et mis en place une politique de redressement à la fin de l'année dernière. On ne pourra en juger les résultats qu'à la fin de cette année. Mais, comme leurs prédécesseurs, ces nouveaux responsables sont certains d'une chose: à la BCGE, banque politisée à l'extrême, les «intouchables» ne sont pas là où on va les juger.