La réélection de George Bush à la Maison-Blanche est de bon augure pour les relations économiques et commerciales transatlantiques. Elle coïncide avec la mise en place d'un nouvel exécutif à la tête de la Commission européenne, avec Manuel Barroso à sa tête. C'est lui, alors premier ministre portugais, qui avait accueilli la rencontre entre le camp européen de la guerre et le président américain aux Açores à la veille de l'invasion d'Irak en mars 2003. Désormais, les Etats-Unis ont un ami à Bruxelles. Romano Prodi, le sortant, ne l'était franchement pas.

Ensuite, Manuel Barroso a nommé Peter Mandelson aux fonctions stratégiques de commissaire au Commerce. Cet ancien ministre britannique, ami personnel de Tony Blair et chantre du pragmatisme commercial, a déjà montré la couleur. Sa priorité: réduire les tensions transatlantiques. Pour lui, les treize conflits ouverts entre les deux principaux partenaires commerciaux sont treize de trop. Dans ce contexte, la défaite électorale du candidat démocrate John Kerry est une excellente nouvelle. Ce dernier ne menaçait-il pas de multiplier les plaintes contre l'Europe auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)?

Ce n'est pas tout. Européens et Américains s'échangent des marchandises et des services pour un milliard de dollars par jour. Ce qui les réunit est aujourd'hui supérieur à ce qui les divise. L'Europe a intérêt à ce que l'économie américaine se porte le mieux possible. Ce pays, un tiers de l'économie mondiale, représente un marché indispensable pour les exportations européennes.

Mais surtout, Américains et Européens savent que les défis – elles sont nombreuses – viennent d'ailleurs. De Chine, pays avec lequel les deux accumulent des déficits commerciaux gigantesques pendant que Pékin résiste à réévaluer le yuan, ce qui aurait corrigé un peu le déséquilibre. Du Brésil qui vient de remporter le premier round dans la guerre du sucre avec l'UE et du coton avec les Etats-Unis à l'OMC; Washington et Bruxelles ont fait appel. Par ailleurs, des exportateurs agricoles du Nord et du Sud insistent sur un plus grand accès aux marchés, ce qui porterait un coup mortel aux grands producteurs agricoles américains et aux petits paysans européens. Enfin, de l'Inde, qui grâce à une main-d'œuvre qualifiée et compétitive, exporte des services à bas prix, au grand dam de millions d'emplois aux Etats-Unis comme en Europe.