L'assemblée générale extraordinaire de Crossair qui se tiendra ce jeudi à Bâle sera un nouveau tournant dans la vie de la compagnie. Au-delà de l'histoire de cette entreprise, cette réunion d'actionnaires de la société désormais détenue majoritairement par les deux grandes banques ouvrira une nouvelle ère pour l'aviation civile suisse. Si tous les points à l'ordre du jour ne devraient pas soulever d'oppositions au vu des nouvelles forces en présence, il apparaît que la fameuse différence de culture entre Swissair et Crossair, qu'il s'agit de réduire au nom de la survie de la nouvelle entité, réapparaîtra.

Le cas Moritz Suter ne doit pas être traité à la légère. En tentant de définir si oui ou non celui qui a conçu le projet Phoenix devait avoir un rôle dans la nouvelle compagnie, le comité de pilotage chargé de dessiner le profil du futur conseil d'administration de Crossair Plus n'avait pas la tâche facile. Proposer au bouillonnant fondateur de la première compagnie régionale d'Europe un siège chez la nouvelle Crossair revenait à accentuer la grogne des anciens Swissair déjà passablement échaudés de se faire racheter par leur ancienne filiale. Mais laisser de côté le Bâlois aurait été perçu comme une trahison par ses collaborateurs.

La proposition d'un poste honorifique de président d'honneur à Moritz Suter, solution apparemment défendue par les banques et Rainer Gut, ne devrait pas être acceptée par l'intéressé. On ne fait pas d'un entrepreneur toujours prêt à en découdre un organisateur de goûter pour les retraités de la compagnie.

Peut-être aurait-il mieux fallu agir en amont et consulter les actuels administrateurs de Crossair, ainsi que leur président, avant de publier les noms de leurs remplaçants. Ce surcroît de communication aurait été bien à propos afin de préparer dans les meilleures conditions la naissance de Crossair Plus.