Dans l'esprit de nombreux politiques, Swissair est encore une compagnie nationale profondément ancrée dans le tissu économique helvétique, et donc imprégnée de patriotisme. Ainsi, selon eux, la société se doit de fournir de menues prestations en faveur de l'économie régionale, et sa participation dans Expo.02 était de celles-là. Le drapeau suisse sur l'empennage visible sur tous les tarmacs du monde ne rappelle-t-il pas les liens intimes entre la compagnie et son pays?

Une chose est sûre: cette vision n'est pas partagée par la direction de SAir Group. En tout cas, elle ne l'est plus. Jean-Claude Donzel, son porte-parole, ne mâche pas ses mots: «La compagnie est une société anonyme cotée en Bourse qui ne doit rendre des comptes qu'à ses actionnaires.» L'objectif est clair: il est financier et consiste à maximiser le profit à long terme. La politique d'aménagement du territoire ne fait plus partie du cahier des charges depuis belle lurette. Et peu importe si son image auprès des Suisses se dégrade un peu plus.

Dans une situation de crise, il n'y a qu'un seul mot d'ordre: la réduction drastique des coûts. En retirant son projet d'Expo.02, Swissair économise 5 millions de francs mais perd un capital de sympathie qui n'a pas de prix. Les citoyens-passagers voteront peut-être avec leur billet d'avion.

Mais «le réexamen de tous les engagements financiers», comme aime à le dire la direction de SAir Group, a peut-être une logique interne. Car ces 5 millions ne sont finalement qu'une goutte dans l'océan des pertes subies en France et en Belgique. Ainsi, en serrant avec ostentation les boulons financiers de la compagnie, la direction se met dans une meilleure posture pour faire passer à ses salariés des pilules un peu trop amères. Le signal est puissant. A la logique de l'économie «coûte que coûte» peut s'opposer une logique de management bien plus fine et élaborée. Avec le retrait d'Expo.02, l'image de «compagnie nationale» en prend certes un coup, mais le pouvoir de négociation au sein même de l'entreprise augmente fortement.

Peut-être que le personnel de Swissair devrait plus s'inquiéter que les organisateurs d'Expo.02.