Si, comme le prévoient la plupart des économistes, les Bourses poursuivent sur leur lancée du premier semestre, une bonne moitié de la performance générée cette année par les hedge funds tombera sous forme de commissions dans la poche de leurs gérants. Les investisseurs qui supportent tout le risque auront alors de quoi morigéner. La probabilité d'une telle occurrence a conduit certains professionnels à prédire une maturation de cette jeune industrie sur fond de controverse. En fait, un tel débat s'était développé il y a dix ans. Il est temps de le redécouvrir.

«On ne parle plus des hedge funds à cause de leurs performances extraordinaires, mais à cause de leurs difficultés face à la baisse du dollar et des obligations», entame la banque américaine Morgan Stanley dans une étude datée du 28 février 1994. Elle poursuit en remettant en cause l'objectif des stratégies alternatives qui, comme aujourd'hui, était de dégager des surplus quelles que soient les conditions de marché. «Alors que l'argent continuait à affluer, il était devenu de plus en plus difficile d'identifier des opportunités d'investissement exceptionnelles», continue Morgan Stanley. «Le moment est peut-être venu pour les investisseurs de réexaminer les hedge funds… Ils devraient commencer à porter davantage d'attention aux risques courus.» Tout cela reste d'une actualité déconcertante, comme si les leçons de ce passé proche avaient été oubliées.

Morgan Stanley était-elle prémonitoire? Quatre ans plus tard, LTCM, un gros hedge fund, faisait faillite sous le poids d'une dette démesurée. Un autre cas, Topiary, est peut-être plus parlant. Comme ses alter ego d'aujourd'hui, ce fonds de fonds se voulait peu volatil grâce à sa diversification. Il accusait pourtant une perte de 28% dans les remous de la crise financière de 1998, alors que dans le même temps, la chute des actions n'excédait pas 20%. De quoi s'interroger sur le caractère prétendument «sûr» de la plupart des fonds de fonds.

En 1994, la banque s'en prenait aussi aux rémunérations des gérants en affirmant que les hedge funds doivent faire mieux que les marchés pour justifier leurs commissions. «Celles-ci paraissent excessivement élevées en comparaison de celles de gérants conventionnels.» Depuis 1994, les frais de gestion des hedge funds ont généralement doublé à 2% et depuis peu, les commissions de 3% deviennent moins rares. En dix ans, pourtant, l'indice Tremont des Hedge funds ne s'est pas apprécié davantage que l'indice S & P 500 des actions américaines.