Les assemblées générales de société, dont la saison s'achève avec les premières chaleurs estivales, sont-elles à l'économie ce que la landsgemeinde est à la politique? Assurément pas. S'il faut une comparaison politique, l'adjectif «soviétique» est nettement plus approprié. Dernier exemple en date: les assemblées «extraordinaires» de Rhône-Poulenc et de Hoechst, destinées à approuver la naissance d'Aventis, nouveau géant des sciences de la vie.

Qu'a-t-on vu lors de la réunion fleuve des actionnaires de l'entreprise allemande? Deux jours d'assemblée, ponctués de multiples empoignades verbales entre plusieurs actionnaires mécontents et le président du directoire de Hoechst, Jürgen Dormann, accusé de réduire en miettes le symbole de la puissance de la Ruhr. Entre autres qualificatifs, le patron s'est fait traiter de «diable», de «fossoyeur du patrimoine allemand» et de «Rambo».

Jürgen Dormann, à part quelques mises au point teintées d'un léger agacement, n'a pas bronché. Pourquoi l'aurait-il fait? 99,74% des votes ont plébiscité le projet de fusion avec le concurrent français – et, partant, la délocalisation du siège social à Strasbourg.

De plus en plus, l'assemblée générale de grande société, qu'elle soit ordinaire ou pas, qu'elle comporte à son ordre du jour des points litigieux ou non, ressemble à ces défilés militaires que les dictateurs de tous bords organisent pour impressionner les foules, les fusées balistiques en moins. Le bon peuple, âgé de préférence (surtout celui qui n'a qu'un titre précieusement conservé et transmis de génération en génération), vient boire les paroles d'un conseil d'administration et d'une direction générale sûrs de leur fait. Les diatribes de quelque actionnaire aigri, ou d'un groupe de contestataires notoires, font partie du spectacle, et les impitoyables répliques des sages qui gouvernent, remettant en place les impudents, ravissent un auditoire empreint de respect et de désir d'ordre.

Le vrai bulletin de vote de l'actionnaire, c'est la Bourse. Là où, on l'a vu avec Kuoni et First Choice, les fusions sont acceptées ou refusées – d'abord par les institutionnels aux milliers de voix. Toujours rien à voir avec la démocratie, dont l'économie ne sait décidément que faire.