Le souvenir de l'agenda de Lisbonne aurait pu continuer de s'effacer lentement. Encore un ou deux ans, et plus personne n'aurait plus fait mention de ce catalogue de bonnes intentions. Au printemps 2000, les dirigeants européens réunis sur les bords du Tage avaient énoncé en dix points comment faire de l'Union européenne l'«économie fondée sur le savoir la plus compétitive en 2010.»

Heureuse époque où tout semblait possible! L'Europe qui venait de rater le coche des nouvelles technologies se donnait pour objectif non pas rattraper les Etats-Unis, mais de les dépasser. C'était présomptueux, mais le principal était de se retrousser les manches.

Les Quinze s'étaient entendus, entre autres, pour donner un coup de fouet à l'éducation, créer un espace européen de la recherche, dynamiser leurs marchés de l'emploi, créer enfin ce fameux marché intérieur, instaurer un climat favorable à la création d'entreprises et intégrer leurs marchés financiers.

Quelques progrès ont été réalisés. C'est le cas dans les télécommunications et l'électricité, libéralisées ou en voie de l'être. Mais les blocages sont beaucoup plus nombreux. Par exemple, les fusions transeuropéennes demeurent presque impossibles et les réformes des marchés du travail n'avancent qu'au compte-gouttes. L'inventaire précis de la situation sera remis vendredi prochain à Bruxelles aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union. C'est le cadeau d'adieu que leur a concocté Romano Prodi, le président sortant de la Commission. En avril dernier, il avait nommé Wim Kok, ancien premier ministre néerlandais, à la tête d'une commission chargée de faire un bilan à mi-parcours de l'agenda de Lisbonne.

Romano Prodi a déjà donné le ton: C'est un «gros échec», a-t-il déclaré au Financial Times. Il reproche aux Etats membres leur «manque d'engagement et de volonté politique». Au moment où les prévisions de croissance en Europe sont revues à la baisse pour 2005, l'étalage des occasions manquées tombe au plus mal pour les gouvernements.

Pour l'instant, un seul a anticipé la volée de bois vert. Gerhard Schröder, le chancelier allemand, a devancé le débat en présentant un plan en sept points pour «redynamiser la croissance et l'emploi». L'ambition est descendue d'un cran, puisque ses propositions ne traitent plus que du seul marché intérieur. La recherche et le marché du travail semblent ne plus relever que des Etats membres. Pour Gerhard Schröder, l'agenda de Lisbonne est un échec consommé. N'en parlons plus.