Si la thèse d'une prise de participation de Lufthansa dans le capital de Swiss se confirme, la compagnie nationale est devenue le lapin. Et le transporteur allemand le chasseur.

Autant dire que le gibier a changé de camp. Il n'y a pas si longtemps, les Suisses détenaient sur le continent européen des participations en France (AOM, Air Littoral, Air Liberté), en Italie (Volare Group), en Pologne (LOT), en Belgique (Sabena), au Portugal (TAP Air Portugal, Portugalia) et en Allemagne (LTU).

A l'époque, on avait estimé le coût de ces prises de participation, souvent couplées à une recapitalisation, connues sous le nom de la «stratégie du chasseur», à 5 milliards de francs.

Lufthansa n'est pas si bête. La compagnie ne débourserait pas un centime pour prendre une participation dans Swiss. C'est sa banque, la Deutsche Bank, qui mettrait à disposition le prêt de 500 millions dont Swiss a besoin pour survivre.

Au passage, le patron de l'établissement financier allemand, le Suisse Joe Ackermann, par ailleurs membre du conseil d'administration de Lufthansa, doit savourer sa revanche sur son frère ennemi de toujours Lukas Mühlemann, ancien administrateur de Swissair et ex-patron du Credit Suisse Group. En outre, le transporteur allemand troque son savoir-faire et s'emparerait du pouvoir en échange d'une plate-forme zurichoise flambant neuve. Avec cet échange, si les choses tournent mal, Lufthansa ne perdra rien.

Dans cette négociation, la direction de Swiss est divisée. André Dosé, favorable à un rapprochement, se trouve être bien isolé face à sa garde rapprochée. Celle-ci préférerait faire cavalier seul. Même le conseil d'administration ne donne pas l'impression d'être sur la même longueur d'onde. Son président, le Néerlandais Peter Bouw, un ancien de KLM, n'arrive pas à convaincre ses pairs. Son ex-employeur négocie une entrée dans l'alliance Skyteam, ce qui pourrait miner les chances de Swiss de faire de même.

On retrouve là les mêmes dissensions qu'à l'époque de Swissair. Elles avaient déjà fait capoter plusieurs tentatives de coopération avec Lufthansa. Mais cette fois-ci, les Suisses, en position de faiblesse, ne peuvent plus refuser une éventuelle offre allemande. Une prise de participation risque bien de faire tomber des têtes au sein de la direction. Se confirmera alors le sentiment bizarre d'être devenu une proie plutôt qu'un prédateur.