L'un des fleurons de l'économie française vacille. L'avenir de Vivendi Universal, après le débarquement de son médiatique patron Jean-Marie Messier voici un mois et demi, s'assombrit encore. Le groupe va manquer cruellement de liquidités s'il n'arrive pas à vendre rapidement des actifs pour combler une dette de 35 milliards d'euros. La nouvelle direction emmenée par Jean-René Fourtou, sous la pression des banques, tente de vendre précipitamment des actifs pour empocher au moins 10 milliards d'euros. Cette stratégie de sauvetage ne plaît guère à la finance, qui a sanctionné le titre en Bourse, lui faisant perdre en trois jours 45% de sa valeur. L'action Vivendi a clôturé vendredi à 9,30 euros, après avoir touché son plus bas niveau historique à 8,62 euros alors qu'il y a encore peu de temps, elle valait 140 euros…

Après celle, aux Etats-Unis, d'Enron, de WorldCom, de Tyco ou d'Andersen, cette débâcle sonne le glas en Europe des grands conglomérats. Si la stratégie d'expansion de ces grands groupes avait l'allure d'une conquête économique internationale, elle s'avère désormais catastrophique. D'autant que la structure juridique d'un groupe implique que même des filiales rentables, comme la maison d'édition Houghton Mufflin pour Vivendi, subissent des préjudices. Elles sont la plupart du temps sacrifiées en étant vendues à un prix inférieur à l'achat, alors que si elles avaient pu être cotées séparément en Bourse dans une période faste, elles s'en tireraient mieux aujourd'hui.

Des voix s'élèvent dans l'Hexagone pour que l'Etat vienne en aide à Vivendi. Le gouvernement de droite qui vient d'accéder au pouvoir a le choix: soit il soutient le groupe avec l'argent du contribuable, ce qui va à l'encontre des thèses habituelles de cette partie de la classe politique, soit il risque de devoir assumer une faillite retentissante.

Quelle que soit l'issue, le défi est de taille. La rentrée sera mouvementée en France. Entre le 14 et le 18 septembre, les syndicats de salariés français et européens vont se réunir pour discuter des actions qu'ils entendent mener. Les postes de 381 000 collaborateurs sont en jeu dans le monde, qui ne sont plus seulement des salariés, mais aussi des actionnaires. Ce qui attisera très certainement leur colère.