Le dieu des marchés financiers n'est pas avec les investisseurs. Mais les bureaucrates européens et l'administration Bush ne le sont pas davantage. Dans le tourbillon de politiques anti-libérales auquel on assiste, les principes les plus éclairés du capitalisme sont engloutis tandis qu'émergent ses côtés les plus cupides. Dans les temples du libre-échange que sont les Etats-Unis et l'Europe, l'individu et l'entreprise du «monde libre» se retrouvent pieds et poings liés. Une panoplie de règles et de contrôles non sollicités démocratiquement menace la sphère privée et la marge de manœuvre financière, faisant du risque légal une véritable épée de Damoclès.

Les scandales comptables et les attentats du 11 septembre semblent avoir fourni un renfort intarissable de nouveaux prétextes pour les politiques autoritaires. Les lois américaines à effets extraterritoriaux dans les domaines du fisc et de la lutte antiterroriste, le durcissement européen intéressé en faveur d'un échange automatique d'informations fiscales, contraignent et restreignent. Ces politiques se caractérisent aussi par les intérêts petits et manquant de vision qu'elles défendent. Les pressions pour l'harmonisation fiscale venues d'Europe ménagent ouvertement des intérêts individualistes. Aux Etats-Unis, les lois post-11 septembre, comme le Patriot Act et la loi Sarbanes-Oxley, resserrent les maillons autour des libertés individuelles, s'octroyant l'accès à la sphère d'individus clairement hors de la juridiction américaine.

Une mentalité de jeu à somme nulle motivée par la maximisation du gain domine les disputes multilatérales sur l'acier, l'agriculture ou les subventions à l'exportation. Sur fond de résurgence du protectionnisme, des guerres commerciales assombrissent les deux bords de l'Atlantique et ternissent l'esprit de l'OMC. La création de zones de libre-échange avec les Etats-Unis est vécue comme une «annexion» par un pays comme le Brésil. L'application arbitraire des lois antitrust décourage la libre concurrence: Microsoft ne s'en est-il pas sorti aux Etats-Unis avec un blanc-seing des juges pour maintenir intacte sa position monopolistique?

Cet autoritarisme qui ne veut dire son nom se réclame directement du libéralisme dont il sabote les fondements.