L'histoire de Tim Sanders est intéressante. Au milieu des années 90, enthousiasmé par l'essor du high-tech, il développe au sein d'une start-up des applications vidéo pour le Net. La bulle de la nouvelle économie commence à enfler lorsque sa société se fait racheter par Yahoo!, où il deviendra rapidement «chief solutions officer». Baignant dans un univers saturé de nouvelles technologies, Tim Sanders commence alors à douter. Il observe des collègues, distants de seulement quelques mètres, lui écrivant des messages instantanés. Il remarque que des ingénieurs préfèrent s'écrire des e-mails plutôt que de se parler. Tim Sanders réfléchit, et décrit le «New Economy Depression Syndrome»: des êtres humains stressés, isolés les uns des autres par des innovations technologiques toujours plus intrusives.

Aujourd'hui, ces innovations nous permettent de réaliser des exploits inimaginables il y a quelques années encore: être relié sans fil à Internet presque depuis n'importe où, recevoir ses e-mails en temps réel, gérer son agenda à distance… L'employé s'affranchit d'un bureau fixe devenu mobile, il optimise ses déplacements et augmente ainsi sensiblement ses déplacements.

Mais la médaille a son revers. D'abord parce que les utilisateurs de ces nouvelles technologies en deviennent facilement captifs, au détriment de leurs relations avec leurs proches. Ainsi, 15% des utilisateurs de Blackberry (lire en page 32), un appareil permettant de recevoir ses e-mails en direct, ont déjà rédigé un message depuis les toilettes, 19% au restaurant et 21% alors qu'ils discutaient avec des amis ou des parents. Ce sondage effectué par la société de recherche Harris Interactive a de quoi laisser songeur, et les anecdotes sur les personnes complètement possédées par leur appareil se multiplient.

Ensuite, face à leurs employés devenus joignables à tout instant via un appareil dont ils sont dépendants, la tentation devient forte pour les entreprises d'en abuser et d'exiger une productivité toujours plus élevée. Aujourd'hui, celle ou celui qui éteint une journée son téléphone mobile peut-être certain d'entendre sur son répondeur une série de messages courroucés. Et si, demain, le fait de ne pas répondre à des e-mails le week-end, en soirée ou en même en vacances valait à un employé de recevoir les foudres de clients ou de ses supérieurs?