Incroyablement fertile, hautement résistante et se propageant toute seule à grande vitesse: la crise de confiance vis-à-vis des organismes génétiquement modifiés (OGM) partage toutes les caractéristiques des «plantes frankenstein» sorties des labos de Novartis ou Monsanto. Toutes celles également de la mauvaise herbe, à laquelle elles sont de plus en plus associées. Réunis samedi à Helsinki, les ministres de l'environnement de l'Union européenne ont renforcé la position prise il y a tout juste un mois par la France, l'Italie, la Grèce, le Danemark et le Luxembourg en faveur d'une suspension de nouvelles demandes d'autorisations concernant les OGM, instituant de fait un moratoire européen. Une position qui irrite fortement les Etats-Unis, grands avocats des biotechnologies, préfigurant des conflits commerciaux d'une ampleur inégalée. Mais depuis peu, les objections à l'utilité de ces plantes miracles se font plus pressantes au pays de l'Oncle Sam. Une récente étude du département américain de l'agriculture démonte un à un les arguments en faveur de ces nouvelles variétés: elles ne diminuent pas le besoin en pesticide, n'augmentent pas la production ni la qualité nutritionnelle et n'épargnent pas la consommation en eau. Par contre, leurs effets à long terme sur l'homme et sur l'environnement sont toujours aussi peu clairs. A tel point qu'aucune compagnie d'assurance ne veut s'engager à couvrir ces risques. Selon un sondage, 81% des consommateurs américains aimeraient désormais, à l'instar des Européens, voir les produits à base d'OGM désignés comme tel par un étiquetage adéquat. «Discrimination sans fondement», se révoltent les producteurs. Comme si la mention «made in China» relevait d'une pratique raciste…

Bien plus que l'opposition entre Bruxelles et Washington, les OGM soulignent l'antagonisme croissant entre producteurs et consommateurs.