L'appel du président français Jacques Chirac à un assouplissement temporaire du Pacte de stabilité a suscité beaucoup de réactions, notamment de la part de petits pays européens. On peut comprendre ces derniers qui, eux, ont dû assumer toute une série de mesures, le plus souvent douloureuses, pour atteindre les objectifs budgétaires qui leur ont permis d'accéder à la zone euro. Les Pays-Bas et l'Autriche sont même montés au créneau et ont insisté pour que des amendes, prévues en cas de non-respect du Pacte de stabilité, soient infligées à la France et à l'Allemagne. Ces deux pays vont en effet dépasser le seuil de tolérance de 3% de déficit budgétaire par rapport au PIB durant trois années consécutives.

Mais la discipline financière, telle qu'elle est prescrite dans le Pacte de stabilité, doit-elle être respectée à tout prix? Autrement dit, doit-on absolument serrer la ceinture alors que la conjoncture requiert justement un relâchement de la masse monétaire, pour donner ainsi un coup de fouet aux dépenses publiques et privées?

D'ailleurs, la France et l'Allemagne sont certes les deux «coupables» mais les autres pays sont-ils vraiment à l'abri d'un dérapage budgétaire dans la mesure où la reprise, maintes fois annoncée, n'est toujours pas au rendez-vous? Les petites économies oublient leur dépendance vis-à-vis des grandes. Les carnets de commandes de leurs petites et moyennes entreprises se remplissent grâce aux besoins des multinationales allemandes et françaises.

Comment les deux autres pôles de l'économie internationale, les Etats-Unis et le Japon, ont-ils réagi lorsqu'ils sont entrés en récession? Par une panoplie de mesures vigoureuses: augmentation des dépenses, baisse des impôts, aides aux entreprises naissantes ou malades. Au mépris des équilibres budgétaires. Cette année, les Etats-Unis vont enregistrer un déficit équivalant à 4,6% du PIB et le Japon à 7,7%. Et jusqu'aux plus vertueux apôtres de la rigueur, chacun sait que l'économie mondiale dépend de ce moteur pour retrouver la croissance.