Les grandes banques suisses vont donc aller à Canossa. Leur accord avec les avocats des plaignants juifs et leur volonté, désormais affichée, de négocier un règlement global de l'affaire des fonds en déshérence ne doivent pourtant pas faire illusion. Les organisations juives n'ont gagné aucune bataille. Les banques ne montrent aucun repentir pour un passé que leurs responsables refusent d'assumer. Leur attitude est seulement empreinte d'un réalisme forcé. L'affaire des fonds en déshérence a en effet atteint un tel degré d'intensité que c'est leur réputation, et celle de la place financière suisse, qui est en jeu.

Les quelques milliards de dollars qu'elles vont payer ne comptent pas. C'est «peanuts»! Par contre, leur réputation est entachée. C'est leur actif intangible le plus difficile à cerner. Celui qui synthétise la confiance que les clients peuvent leur accorder. Alan Hevesi a eu raison de souligner que les menaces de sanction sont parfois plus efficaces que les sanctions elles-mêmes. Ce faisant, c'est à l'intégrité intellectuelle des banques suisses qu'ont s'est attaqué. Or, sans réputation, il n'y a pas d'affaires et sans affaires, il n'y a plus de profits.

Dans le cas d'espèce, les dégâts sont plus graves encore que le soufflet médiatique qui retombera rapidement. Une menace de sanction ne doit pas être concrétisée. Il suffit désormais aux investisseurs institutionnels américains et aux clients potentiels des banques suisses de voter avec leurs pieds. Ou, plus simplement, de les ignorer dans leurs choix. Ce risque ne pourra jamais être mis sur ordinateur. Il n'apparaîtra dans les statistiques que bien plus tard, sous la forme d'un aplatissement de la courbe de progression des affaires des banques suisses aux Etats-Unis. Pire! Sur un marché où la concurrence est reine et où, à défaut d'une certaine virginité, la banque suisse veut au moins avoir une image, ce sera celle d'une institution humiliée.

La morgue et l'arrogance de ceux qui, plus que jamais, n'ont pas volé leur qualificatif de «gnomes», sont à l'origine de ce Waterloo financier. Il aura certes des répercussions sur leurs affaires mais aussi sur celles d'autres établissements plus fragiles, plus faibles face au rouleau compresseur américain. Car, derrière les grandes banques qui ont perdu la face, c'est une place financière entière qui voit sa crédibilité foulée aux pieds. Quel gâchis!