Dans son communiqué publié jeudi à l'issue de sa réunion, la Banque centrale européenne (BCE) mentionne pas moins de quatre fois l'effet «des récentes évolutions du taux de change» ou «de l'appréciation de l'euro». Alors qu'en décembre, elle n'avait fait référence qu'une seule fois à l'envolée de la monnaie unique face au dollar.

Lui-même peu loquace, Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, est revenu à son tour sur cette menace au moment des questions. Il «n'apprécie pas une volatilité excessive, des turbulences excessives» sur le marché des changes. Interrogé un mois auparavant sur la perte de compétitivité des exportateurs européens, le grand argentier n'avait pas eu une seule phrase pour cet «effet négatif». Un changement notable de discours.

Une prise de position renforcée par les interventions faites par nombre de responsables européens, à quelques heures de cette réunion. Parmi eux, Pascal Lamy, le commissaire européen au Commerce, ou encore Wolfgang Clement, le ministre allemand de l'Economie, réclament une baisse du taux directeur. Les Européens dénoncent désormais ouvertement le danger de cette envolée ininterrompue, susceptible de casser le peu de croissance promis cette année à la zone euro.

Sur le terrain de la politique monétaire, la marge de manœuvre de la BCE est limitée. La baisse des taux d'intérêt, destinée à rendre l'euro moins séduisant à l'égard des investisseurs et à soutenir la reprise économique, stimulerait la demande de crédits entraînant une augmentation indésirable de la liquidité. La croissance rapide de la masse monétaire – observée récemment – inquiète déjà passablement Francfort. Elle réveillerait des pressions inflationnistes détestées par-dessus tout par l'institution.

Avant d'agir sur les taux d'intérêt, la BCE cherche aujourd'hui à freiner l'euro par les mots. La réunion du G7 à Boca Raton les 6 et 7 février, est très attendue dans ce contexte. La dernière en septembre, à Dubaï, avait donné lieu à un communiqué prônant la flexibilité des taux de change, début de la glissade du dollar. A défaut de paroles fermes – auxquelles les Américains satisfaits de la faiblesse du billet vert ne souscriraient pas – on entrevoit des discussions serrées avec en arrière-plan une intervention concertée. Seule, l'Europe ne pourra stabiliser le dollar. Au côté du Japon, c'est déjà un autre scénario.