Chercher à savoir combien de sociétés étrangères s'installent chaque année en Suisse avec l'appui des promotions économiques locales, c'est un peu jouer au chat et à la souris. Le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) en fait l'expérience. Pour la deuxième année, l'institution a publié la semaine passée des données sur le sujet. Elle se limite à deux chiffres: le nombre d'entreprises et les emplois créés au niveau national. Impossible de savoir dans quels secteurs ces entrepreneurs sont actifs, d'où ils viennent et surtout dans quelles régions ils s'installent.

Le Seco serait disposé à en dire plus, mais les cantons ont mis leur holà. Alors que Schaffhouse proposait son modèle comme référence, ils ont poliment décliné. L'institution s'est donc engagée à respecter les souverainetés cantonales. C'est à ce seul prix – le silence – que la publication d'une statistique nationale est devenue possible.

Cette pratique permet de laisser aux cantons le privilège de présenter leurs résultats. Cela a du sens. Ils s'expliquent et se félicitent ainsi les uns après les autres de leur action. Ce privilège devient cependant problématique lorsqu'on se trouve dans l'impossibilité de comparer les résultats. En Suisse romande, Genève ne communique pas les chiffres annoncés au Seco, mais se réfère à une enquête réalisée par son office de statistiques.

Dans son décompte, Fribourg ne comptabilise pas seulement les implantations mais aussi les extensions de sociétés étrangères. Le Jura avance un chiffre approximatif. Le Valais n'a pas de données sur le nombre d'emplois créés. A ce sujet, Neuchâtel donne une projection d'ici à cinq ans. Seul le canton de Vaud informe clairement. Tout le monde affirme sa bonne foi. Il est cependant impossible d'avoir une lecture comparée.

La concurrence entre les cantons existe en termes de promotion économique, comme le prouve en ce moment le cas Amgen. Elle explique ce manque de transparence, selon Berne. Cependant jusqu'à preuve du contraire, la transparence n'a jamais été un frein à la concurrence. Bien au contraire, elle l'encourage et la stimule. Cette réticence rappelle l'attitude manifestée par certains cantons à l'égard de la réforme du marché intérieur. On cultive ses particularismes en prétextant le sacro-saint fédéralisme. Et on parle beaucoup de libéralisme, surtout le dimanche.