Alors que le canton du bout du lac figure toujours en bon dernier dans les classements concernant le chômage en Suisse, de nombreuses entreprises désirent embaucher mais ne parviennent pas à trouver de main-d'œuvre. A l'occasion d'une journée de l'emploi organisée par les services de Carlo Lamprecht, conseiller d'Etat en charge de l'économie, il est apparu que le phénomène affecte des firmes de toutes tailles et de tous secteurs. A Genève, Migros recherche ainsi avec difficultés 50 personnes, le Credit Suisse Private Banking 25, alors qu'un spécialiste de la construction comme Rampini a mis deux ans avant de trouver un chef de chantier. Pourtant, le taux de chômage du canton reste supérieur à 4%.

Outre des particularités bien connues (Genève connaît un des systèmes de protection les plus généreux de Suisse), le problème vient souvent d'une formation inadéquate. Les candidats ne peuvent pas toujours prétendre à des postes de plus en plus qualifiés, même dans des secteurs traditionnellement considérés moins nobles que d'autres, comme la grande distribution par exemple. Les défauts du système éducatif ne suffisent pas à expliquer le phénomène. Les services de l'orientation professionnelle mettent en place des formations spécifiques avec des entreprises de la place, preuve que l'Etat s'adapte à la demande.

Ce sont les firmes elles-mêmes qui sont trop souvent à la traîne dans ce domaine. L'exemple des banques, qui ont connu un développement spectaculaire depuis dix ans sans se soucier de savoir si en amont la formation suivait, est révélateur. «On tente de compenser un manque de vision par une surenchère pour débaucher les meilleurs éléments», nous confiait récemment un spécialiste du secteur. Pourtant, la formation dans l'entreprise a des avantages même à très court terme: outre l'anticipation des besoins, elle permet d'attirer de nouveaux collaborateurs désireux de continuer à apprendre. C'est sans aucun doute une incitation moins coûteuse que la surenchère salariale.