L'idée était excellente. Comme les frites qui, théoriquement, auraient dû en être le prolongement direct et rapide. En 1994, lorsque la société Tege a annoncé un nouvel automate à frites basé sur un processus révolutionnaire, l'écho fut très favorable. Enfin une machine digne des palais gourmands dans le plus pur respect de la pomme de terre, universellement appréciée. La communauté financière n'a pas manqué de saluer le projet comme il se doit, donnant au titre Tege un relief prometteur au sein des valeurs secondaires de la cote. Cinq ans et quelque 30 millions plus tard, Tege assure qu'il est encore en mesure d'atteindre ses objectifs, à savoir une rentabilité qui fait toujours défaut, basée sur une machine à frites fiable et multipliée aux quatre coins de la planète. Son atout: une frite d'excellente qualité car formée à base de poudre de tubercule, trempée dans un bain d'huile. Une vraie frite, en d'autres termes.

Le problème, c'est que durant toutes ces années, la concurrence n'a pas chômé. Le petit en-cas culinaire ayant été clairement identifié comme un marché d'avenir, d'autres compagnies se sont lancées dans la frite à corps perdu. Une demi-douzaine de sociétés tentent ainsi de sensibiliser le consommateur européen aux bienfaits d'une telle dégustation. Le procédé est certes moins noble, des frites congelées simplement réchauffées dans un four à air chaud, mais aussi nettement moins compliqué. Résultat: les concurrents de Tege ont commencé à occuper la place sans l'attendre. Ce qui devait ainsi être une percée technologique s'est mué en un sac de problèmes avec d'énormes retards à la clé. Tege est certes dans les starting-blocks mais elle doit constater aujourd'hui qu'en matière de consommation comme de haute technologie, la rapidité d'exécution, du concept au produit, est devenue primordiale.