L'Aéroport international de Genève (AIG) vient d'avoir une fausse bonne idée: il offre un des deux sièges d'administrateurs dévolus aux compagnies aériennes, laissé libre par Aeroleasing, à Air France. L'autre siège réservé aux transporteurs est occupé par Swissair, qui reste le premier client de l'AIG.

Les administrateurs de l'AIG ont sans doute pensé que les liens de proximité entre Genève et la France, la communauté linguistique entre Romands et Français, ainsi que les efforts accomplis par Air France pour développer sa présence à Cointrin méritaient cette récompense.

Tout cela est sans doute vrai, mais ce calcul est mauvais. Air France est une compagnie honorable, dont le développement général est spectaculaire. Reste qu'Air France ne pratique pas différemment à Genève que ses concurrentes British Airways ou KLM. Son but, c'est de «pomper» le maximum de trafic en provenance de Genève vers son hub parisien, pour remplir ses vols long-courrier – elle y parvient très bien, puisque la moitié de sa clientèle embarquée à Genève poursuit sa route au-delà de Paris. Par conséquent, Air France n'a aucune intention de développer le réseau de l'AIG, autrement qu'un éventuel accroissement de ses fréquences sur Paris ou sur Nice (ce qui, vu la situation actuelle, paraît très hypothétique).

Les dirigeants de l'AIG auraient été bien plus inspirés en proposant leur siège au conseil à Crossair. La compagnie de Moritz Suter, numéro un européen des vols régionaux, fait certes partie du SAirGroup, mais il ne faut pas se fier aux apparences: dans son créneau, elle reste farouchement indépendante. Les développements incessants qu'elle entreprend à Bâle ne devraient pas laisser indifférents les autorités de l'AIG. Car beaucoup de ces idées sont réalisables à Genève, et une attitude plus empathique des autorités genevoises aurait beaucoup d'effet sur les dirigeants de Crossair, confrontés à Bâle à d'importants problèmes logistiques.

Donner un ultime coup de pouce à Air Engiadina pour sauver deux destinations, c'est louable. Mais négliger Crossair pour faire plaisir à Air France, c'est dommageable.