La direction d'Unilever a eu beau clamer sur tous les tons que la séparation du géant anglo-néerlandais en deux sociétés n'était pas à l'ordre du jour, la question restera d'actualité. En rachetant Bestfoods pour quelque 20 milliards de dollars, le groupe a nettement renforcé son secteur agroalimentaire, et remis au centre des interrogations stratégiques les liens que la production de margarine ou de biscuits peut encore avoir avec la lessive ou les produits de beauté. Pire, Unilever s'est structuré «comme si…», tout en clamant un message contraire. Son actionnariat, pas très heureux de voir le titre sous-performer ses indices de référence, ne laissera pas tranquille la direction bicéphale du groupe, tant qu'une réelle amélioration de la profitabilité ne poindra pas. Là encore, Unilever adopte une solution étrange, puisque les monstres à deux têtes finissent toujours par en voir une couper l'autre – ou les deux tomber en même temps.

La volonté légitime des actionnaires est de pouvoir effectuer des choix d'investisseurs en toute connaissance de cause, et d'acheter des titres de sociétés dont les activités et les pratiques sont claires. Parallèlement aux débats portant sur la structure du capital, l'unicité des droits de vote et le gouvernement d'entreprise, émerge la question de savoir si une entreprise doit se scinder en deux dès que ses groupes d'activités divergent trop. Unilever n'est de loin pas seul en cause. Récemment, la Suisse a aussi eu droit à son débat, avec SAirGroup et la possibilité d'une vente du secteur transport aérien, pour ne conserver que les activités de services aériens.

Malheureusement, le manichéisme n'est pas une réponse satisfaisante à ces interrogations. Car les imbrications entre secteurs d'activités sont parfois plus fortes, sinon nécessaires, qu'elles peuvent apparaître au premier chef. Avant la séparation en deux, d'autres solutions existent: Vivendi et Alcatel viennent de le prouver, avec la création, réalisée pour le premier et projetée pour le second, d'un deuxième titre lié à une activité spécifique. D'autres groupes planchent sur des idées similaires. L'état de la réflexion n'est pas figé.