Les autorités boursières américaines ont toujours été pionnières en matière de transparence des sociétés cotées, et de lutte contre les positions d'initiés. La Securities and Exchange Commission vient d'édicter une nouvelle règle, finalement votée après une intense polémique entre actionnaires, entreprises cotées et courtiers, qui exige des sociétés qu'elles communiquent tout élément susceptible de faire évoluer le marché simultanément à tous ses interlocuteurs potentiels – analystes, actionnaires, clients. Finies les confidences en tête-à-tête, ou les informations lâchées lors d'une conférence téléphonique.

Le fond de la décision est louable. Il veut combattre des prébendes qui permettent à des maisons de courtage de profiter, ne serait-ce que sur une très courte période, d'informations qu'elles détiennent en primeur pour prendre des positions en faveur de leurs clients. Toute la démarche en cours dans les pays anglo-saxons tend vers le même but: une compréhension plus complète de la marche des entreprises, un accès égal à l'information, et donc des chances partagées d'investir à bon escient. Ce souci égalitaire, s'il a beaucoup fait progresser la transparence des entreprises, a aussi engendré ses excès. La structure comptable des entreprises devient de plus en plus complexe, et la multiplication des «transparences» aboutit parfois à un certain retour à l'opacité, à l'opposé de l'intention initiale. D'autre part, les entreprises, bardées de juristes, ne lâchent plus le moindre communiqué sans le faire précéder de quatre pages de «disclaimer» en tout petit caractère, qui met en garde sur le fait que tout ce que l'on pourra lire ensuite ne doit pas être pris pour argent comptant.

Enfin, une dérive nous paraît plus grave: la divulgation d'informations par la presse ne doit pas être assimilée à une communication privilégiée. Or, la France a vécu récemment un cas où les autorités boursières se sont lancées dans une enquête judiciaire contre un journaliste économique qui venait de révéler une «information sensible». Ce type de réaction va totalement à l'encontre de la véritable transparence à laquelle l'individu, investisseur ou pas, a droit.