L'Allemagne a donc attribué six licences de téléphonie mobile de troisième génération (UMTS) pour 50,5 milliards d'euros, tout bénéfice pour l'Etat allemand qui renflouera sa dette publique à bon compte! Ce chiffre, auquel il faut ajouter encore plusieurs dizaines de milliards d'euros en investissements d'infrastructures, laisse songeur. Il permet de se demander si les gouvernements (suisse inclus) qui pratiquent ce système d'enchères libres ne jouent pas avec le feu.

Tant en Allemagne qu'en Grande-Bretagne, où les licences ont acquis le prix total de 38,5 milliards d'euros, la polémique est vive contre des règles de procédure qui ont forcé les prix à la hausse. A l'inverse, en Espagne, la colère gronde envers un gouvernement qui a distribué ses licences sur dossier pour la «modique» somme de un demi-milliard d'euros, cent fois moins que les Allemands.

La plupart des experts estiment que le consommateur ne devrait pas trop sentir la note en raison de l'accroissement de la concurrence. En apparence oui, mais en filigrane? Car il faudra bien amortir ce pas-de-porte exorbitant. Une ruée sur les emprunts obligataires mammouths pour financer l'opération UMTS risque de déclencher une hausse des taux. Deuxième incidence, la multiplication des fusions est programmée. Qu'en sera-t-il alors de la concurrence? Rappelons qu'en Suisse, la Commission de la concurrence soupçonne déjà les trois principaux opérateurs d'entente cartellaire…

Plus fondamentalement encore, les Etats européens profitent sans restriction d'un engouement pour une technologie dont l'avenir n'est pas garanti, notamment parce qu'un système concurrent pourrait la contrecarrer et engendrer d'autres dépenses d'infrastructures.

Si d'aventure l'UMTS ne rencontre pas le succès escompté, ou tout au moins pas aussi vite, certains opérateurs, pliant sous leurs dettes, seront en danger. Le coût socio-économique des restructurations serait alors tout aussi énorme que le prix des enchères.