La mondialisation exerce des effets favorables sur la croissance économique mondiale, mais certains pays en profitent plus que d'autres, selon une étude d'economiesuisse publiée vendredi. La concurrence fiscale se traduit par une baisse d'impôts plus forte pour les entreprises que pour les particuliers. Les Etats offrent des conditions attrayantes au facteur de production le plus mobile. Pourtant une fiscalité attractive pour les personnes très qualifiées et très innovantes, souvent très mobiles, est susceptible de soutenir la croissance. Car ce sont eux qui décident la localisation des sites de production. Dans l'imposition des entreprises, le mouvement est souvent initié par les petits pays (Irlande, Slovaquie).

Pourtant la Suisse n'a pas suivi. Ici chaque réforme fiscale est qualifiée de cadeau aux riches. Nous peinons à lever quantité d'anachronismes, du droit de timbre aux taxes de succession lors du transfert d'une PME, et nous soutenons peu la recherche. Le Conseil fédéral prépare une nouvelle réforme sur l'imposition des entreprises, pour une atténuation de la double imposition du bénéfice. La même substance est en effet taxée deux fois, au niveau de l'entreprise et, comme dividende, au niveau de l'investisseur. L'idée devrait être de rendre les investissements plus attrayants (dividendes) et de créer une incitation à distribuer les bénéfices. Leur thésaurisation ne crée pas de richesse. Leur versement permet à l'argent de retourner dans le circuit économique. Après l'échec du paquet fiscal, les directeurs des finances cantonales font à nouveau de la résistance. Ils n'acceptent d'exonération que pour les investisseurs ayant une participation supérieure à 10%.

C'est une inégalité de traitement évidente. Pendant ce temps, la France et la Finlande introduisent en 2005 des allégements pour les investisseurs. Dans l'imposition des sociétés, les pays scandinaves sont les vrais pionniers, avec l'introduction d'un impôt dual, selon un modèle qui, depuis 1991, taxe séparément le revenu du travail et du capital, avec un taux progressif appliqué au premier et un taux proportionnel, souvent inférieur, au second. Aujourd'hui les pays nordiques sont en tête des classements de compétitivité. Ils ont abandonné un système de double imposition qu'ils trouvaient anachronique et nous refusons d'atténuer le nôtre. En Suisse, la croissance est devenue un anachronisme. Dans les pays scandinaves, c'est le fruit d'une réforme fiscale.