Les réductions de levier et l'augmentation des parts de liquidités chez les investisseurs fortunés sont probablement terminées, estime Philippe Sednaoui, directeur général de la banque Barclays en Suisse. «Il y a une meilleure vision des problèmes qui sont posés, même si les solutions ne sont pas forcément encore connues.» Le banquier remarque cependant que l'on parle aujourd'hui aux Etats-Unis de «nationalisation» des grandes agences de refinancement hypothécaire. L'élection de novembre oblige les autorités à agir. Une fois le nouveau président connu, les contours de la future politique économique seront aussi plus clairs.

Philippe Sednaoui attend une réduction de la volatilité. «Les marchés ne peuvent maintenir le niveau de volatilité qu'ils connaissent depuis des mois.» Ils se stabiliseront peut-être à un niveau déprimé et la reprise pourrait être plus ou moins longue. «Au cours du long cycle de hausse qui a débuté à la fin de la Guerre froide, les baisses sont devenues des opportunités qu'il fallait utiliser avec levier. Aujourd'hui le secteur financier doit reconstituer son capital, l'utilisation du levier devra être plus parcimonieuse et les rendements vont décliner.»

Intérêt pour les financières

Le directeur de Barclays en Suisse observe cependant que certains clients commencent à prendre des positions sur des secteurs survendus, comme la finance. Ce début de réapparition du goût du risque est motivé par un potentiel de gain important pour un risque qui semble maintenant limité.

Le banquier ajoute que la clientèle de la gestion de fortune helvétique n'a pas été la plus touchée par la crise. «Elle est très internationale et ses portefeuilles sont bien diversifiés.» De plus, les problèmes d'UBS n'ont pas eu de conséquence négative sur l'image de la place financière. Mais il y a eu des transferts de fonds, vers des banques privées ou des filiales de grands groupes en Suisse.

En outre, le groupe de clients restant actifs s'est restreint au fur et à mesure que la crise a déployé ses effets. Ces investisseurs ont d'abord pris des positions dans les marchés émergents en pariant sur un découplage. Puis les pressions inflationnistes les ont dirigés vers les matières premières. La hausse des cours s'est interrompue lorsque le ralentissement économique est devenu patent aux Etats-Unis, au Japon et en Europe.

La plupart des investisseurs ont rapidement choisi la prudence. Selon le moniteur de Scorpio Partnership sur les politiques de placement, les positions cash se montaient déjà à 20% à fin 2007, alors que le niveau normal est de 5% à 10%. Début 2008 a vu une nouvelle réduction des risques dans les grilles de placement.

Actions réduites

«Au début de l'année, les perspectives n'étaient pas aussi mauvaises et nous étions encore surpondérés sur les actions», explique Christoph Riniker, stratège chez Julius Bär. La banque n'était pas seule dans ce cas. «Nous avons réduit la part des actions en mars, à une légère sous-pondération. Mais nous avons augmenté les convertibles, ce qui met notre grille d'allocation en position neutre sur les actions. En outre, nous avons continué, en mai et juin, d'augmenter la part des placements alternatifs au détriment des obligations et du cash.»