Ouvrir cette porte, presque cachée au milieu d’un mur, donne l’impression de pénétrer dans un univers parallèle. Ici, aucun humain. Les robots règnent en maîtres dans cet immense hangar, haut de plusieurs dizaines de mètres. Ce sont uniquement des machines qui s’affairent pour récolter des objets sur des rayons à perte de vue et qui les déposent ensuite sur des boîtes qui circulent sur des tapis roulants. Les rayonnages sont si hauts qu’il est impossible de deviner ce que les robots saisissent.

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Face aux machines qui œuvrent presque en silence, Michel Boha sourit. «Ce sont pour le moment nos robots les plus rapides. Ils sont capables de saisir jusqu’à 6000 objets par heure. Et nous avons l’ambition de devenir plus efficaces encore.» Michel Boha est un homme clé de Digitec Galaxus, le numéro un suisse de l’e-commerce. C’est lui qui gère le centre logistique de cette société à Wohlen, en Argovie, s’étalant sur 55 000 mètres carrés, soit presque huit terrains de football.

La société appartenant à Migros possède son siège à Zurich. Mais c’est en périphérie de Wohlen, entre terrains agricoles et centres de distribution appartenant à d’autres firmes de livraison, que se situe le cœur de Digitec Galaxus. Nous avons effectué ce reportage au début de la pandémie: depuis, le volume de commandes a doublé, affirme l’entreprise qui ne donne pas de chiffre absolu. Wohlen, en pleine effervescence, a la capacité d’expédier jusqu’à 60 000 colis chaque jour. Mais La Poste, qui a introduit des quotas pour ses plus gros clients, freine les activités de Digitec Galaxus.

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Plus de 3 millions d’articles

La société, créée en 2000, est au niveau suisse ce qu’Amazon est au plan mondial: un géant proposant 3,2 millions d’articles différents. Dans une autre halle, on aperçoit d’immenses cartons renfermant canapés, téléviseurs ou encore cabanes pour enfants. Juste derrière se trouve la rampe de déchargement. «Chaque jour, des dizaines de semi-remorques viennent nous livrer de la marchandise, poursuit Michel Boha. Comme nos sources d’approvisionnement sont très diverses, nous n’utilisons que le transport par route.» Ce sont ainsi entre 500 et 700 palettes qui sont quotidiennement déchargées des camions, comprenant au total entre 40 000 et 60 000 objets, soit 6000 à 8000 articles différents.

Ces milliers de cartons qui arrivent, ce sont des humains qui les découpent, les ouvrent et les vident sur des tapis roulants. «Nous essayons d’automatiser un maximum nos processus, pour être plus rapides et éviter que nos employés ne portent des charges trop lourdes, glisse Michel Boha. Mais pour des tâches de contrôle et de précision, l’humain est indispensable.» Les collaborateurs qui s’activent entre les machines ne semblent pas stressés.

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Des bacs par milliers

Un exemple de l’importance des employés: les petits objets. Les articles sont répartis en trois catégories: petits, moyens et volumineux. Les moyens, ce sont des robots qui les attrapent sur les rayons pour les placer dans des caisses – une par commande. Pour les autres articles, les humains sont indispensables. D’un rayon à l’autre, nous voyons ainsi des employés pousser des chariots dans lesquels ils placent connecteurs informatiques, feutres pour enfants ou encore balles de ping-pong qu’ils récupèrent dans des dizaines de milliers de bacs alignés sur des rayons à perte de vue. Au total, combien de kilomètres de long mesurent-ils? Même Michel Boha l’ignore.

Une fois une caisse de commande remplie, elle va circuler sur de gigantesques tapis roulants qui relient toutes les halles du centre logistique. Le bruit généré par les roulements à billes est incessant et relativement fort et la vision de ces caisses se déplaçant parfois à plusieurs mètres de hauteur donne le vertige.

En ce mois d’avril, une nouvelle halle, entièrement automatisée, a été mise en service. Ici aussi, seules les machines se saisiront d’objets de taille moyenne. «Mais plus nous grandissons, plus nous avons besoin de collaborateurs: des techniciens, des ingénieurs, des manutentionnaires… poursuit Michel Boha. Aujourd’hui, ils sont plus de 400 à Wohlen et ce nombre va augmenter.» Au total, la société compte 1400 collaborateurs.

Bientôt la nuit

En mars, Digitec Galaxus a même embauché temporairement 200 collaborateurs de plus pour tenir le choc face à l’explosion de la demande. «Certains objets sont commandés à nos fournisseurs directement par nos systèmes d’intelligence artificielle, détaille Michel Boha. Mais très souvent, ce sont des employés qui passent les commandes.»

Aujourd’hui, les employés travaillent à Wohlen en deux équipes: de 5h à 14h et de 13h à 22h. Le centre pourrait-il être aussi actif la nuit? «Peut-être d’ici deux ou trois ans, glisse Michel Boha. Nous devons aussi sans cesse réorganiser nos halles et les agrandir. En un an, nous nous sommes étendus sur 10 000 mètres carrés supplémentaires. Et d’ici trois ou quatre ans, nous devrons sans doute construire un nouveau centre logistique.» Si le site Wohlen devait être actif la nuit, il pourrait expédier 90 000 colis quotidiennement.

Cartons sur mesure

L’étape finale pour les caisses remplies d’objets, c’est l’emballage. Arrivées par tapis roulants dans la halle d’expédition, les caisses sont vidées par des employées et les articles placés dans des cartons. Pour certaines commandes, des cartons sont même fabriqués sur mesure en direct et découpés par d’immenses machines.

Ensuite, les colis seront pris en charge par des dizaines de semi-remorques de La Poste. «Nous essayons de travailler le plus possible à flux tendus, pour que la marchandise reste le moins longtemps possible dans notre centre», conclut Michel Boha. Au minimum, un article peut ne rester que deux heures, entre son arrivée et son expédition.

Le coronavirus paralyse des pans entiers de l’économie. Digitec Galaxus bénéficie, lui, au contraire d’une accélération majeure de son expansion.