Robert Ménard n'a pas tenu sa promesse. Le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), habitué des coups médiatiques, annonçait il y a deux mois avoir pris des participations suffisantes au capital de certains sponsors des prochains Jeux olympiques de Pékin - dont Adidas, Coca-Cola et Swatch - dans le but «d'interpeller leurs dirigeants» sur la question de la liberté de la presse en Chine lors de leurs assemblées d'actionnaires. «Nous viendrons manifester en Suisse», avait-il alors menacé. Les responsables de RSF n'ont pas montré le bout de leur nez lors de l'assemblée générale du groupe Swatch, hier à Bienne.

Même faute de contradicteurs, les Hayek père et fils n'ont pas éludé la question. Le patriarche s'est même offert un pied de nez aux activistes français: «Je tiens à répondre à certains médias, notamment anglo-saxons, qui nous ont demandés: «Pourquoi ne boycottez-vous pas la cérémonie d'ouverture?» Je leur rappelle que nous ne sommes pas sponsor, mais partenaire pour le chronométrage. Il n'est pas question d'y renoncer, par respect pour les athlètes.»

Un argument reçu par un tonnerre d'applaudissements. Devant un public conquis, Nicolas Hayek senior a ensuite survolé les résultats annuels «superlatifs records» réalisés par le groupe en 2007, sans vouloir s'y attarder trop minutieusement à la manière des «spéculateurs». «C'est précisément maintenant que les pessimistes, les sceptiques et les incrédules à la mentalité étroitement boursière ne manquent pas de découvrir des milliers de motifs pour expliquer pourquoi la croissance du groupe Swatch stoppera en 2008 et 2009», a-t-il lâché, avant de balayer ces craintes: «Cela fait 25 ans que j'entends cela.»

Pour toute note discordante, deux petits actionnaires ont joué des coudes jusqu'à la tribune pour évoquer le programme de rachat d'actions de 420 millions de francs renouvelé cette année. «N'utilisez pas notre argent pour nous racheter notre entreprise, Monsieur Hayek, et versez-nous plutôt des dividendes», a osé l'un d'entre eux. «A ce rythme, il me faudrait deux siècles pour vous acheter l'entreprise, et je n'ai pas autant de temps devant moi», a conclu Nicolas Hayek.