VITICULTURE

En reprenant Orsat, Rouvinez SA multiplie sa production par quinze

Dix ans de tribulations aboutissent à une solution valaisanne pour le sauvetage des Caves Orsat. Le Credit Suisse épongera la plus grosse partie de la dette pour se débarrasser du boulet. Les estimations oscillent entre 25 et 30 millions, voire davantage

Quatorze millions de francs: c'est la somme – moitié fonds propres, moitié prêt du Credit Suisse – que débourseront les frères Rouvinez à Sierre pour reprendre la quasitotalité des actifs et activités de Caves Orsat SA, sous réserve de l'approbation des actionnaires convoqués en assemblée extraordinaire le 27 juillet. Ainsi se conclut par un «happy end valaisan» bien accueilli hier l'interminable feuilleton des Caves Orsat.

Il a commencé il y a une dizaine d'années quand les frères Philippe et Jacques-Alphonse Orsat lâchaient les rênes d'une entreprise plus que centenaire (la «cave des radicaux», par opposition à Provins, traditionnellement PDC), lourdement endettés pour avoir vu trop grand pendant la haute conjoncture. Dans les épisodes successifs, on vit surgir les figures de Jean Dorsaz, le financier véreux, de Pascal Couchepin en sauveur momentané et politiquement malmené à cause de cette affaire, plus récemment d'un homme d'affaires sud-africain, Ben Mouton, qui laissait Orsat bec dans l'eau l'année dernière. Pendant toute cette période, le Credit Suisse portait à bout de bras une entreprise virtuellement en faillite depuis 1992.

Les derniers pourparlers ont été menés pendant près d'un an dans la plus grande discrétion, puisque seuls quelques initiés étaient au courant. L'accord dévoilé hier prévoit que Rouvinez, une SA familiale sierroise, reprend les vignes (une trentaine d'hectares), les bâtiments et installations d'Orsat – dont le centre d'embouteillage d'une capacité de 60 millions de bouteilles/an utilisé au sixième de sa capacité. Rouvinez garantit le maintien des 32 postes à plein temps chez Orsat (150 salariés pendant les vendanges) et la prise en charge de la vendange pour les 1800 vignerons liés à la cave martigneraine. Le contrat d'Orsat avec le distributeur alémanique Garnier Vins, qui approvisionne les grandes surfaces, est reconduit. Enfin, les spécialités des deux caves seront maintenues, et les marques resteront indépendantes.

Le nouveau groupe vinifiera 10% de la récolte valaisanne. Jean-Bernard Rouvinez est conscient qu'il prend un risque puisque, dans cette affaire, il est le «petit» – cinq millions de chiffre d'affaires en 1997 – absorbant une cave produisant quinze fois plus de bouteilles que lui. «Nos ventes ont progressé de 7% l'an dernier et de 25% ces six derniers mois. Les affaires redémarrent alors que notre bilan est très sain», dit Jean-Bernard Rouvinez pour expliquer sa confiance.

«Une superbe affaire»

Ingénieurs œnologues au bénéfice d'une formation commerciale, les frères Rouvinez sont connus pour leurs vins haut de gamme (notamment le Cornalin et l'Arvine) vendus à une clientèle qui se recrute surtout dans la gastronomie, les vinothèques et le privé. Ils affirment avoir épuisé leurs possibilités de développement à Sierre et vouloir profiter des synergies et diversifications offertes par Orsat. Plus prosaïquement, un concurrent constate, admiratif, que les frères Rouvinez ont fait une «superbe affaire». Il y a deux ans, le seul centre administratif et d'embouteillage était proposé pour quinze millions au groupe sud-africain qui n'a jamais versé l'argent. Au début des années 90, le Crédit Suisse vendait sa participation majoritaire à l'importateur neuchâtelois Amann pour un prix alors estimé à 60 millions. Amann devait lui-même faire faillite peu après.

C'est dire que la banque aura épongé une partie importante des dettes pour se débarrasser du boulet Orsat. Son représentant Ralph Knupp se réfugiait derrière le secret bancaire hier, mais les estimations oscillent entre 25 et 30 millions, voire davantage.

L'ardoise effacée, le groupe Rouvinez-Orsat part sur des bases assainies. Les frères sierrois jouissent d'une bonne réputation. Pour Yvan Roduit, des caves Imesch, «cette solution ne peut que revaloriser l'ensemble du canton». «Plus on aura d'hommes forts de cette trempe, mieux la viticulture valaisanne se portera», ajoute Jacques Germanier, des Caves du Tunnel à Conthey.

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