Après les Etats-Unis, c'est au tour de l'Allemagne d'activer le levier fiscal pour stimuler son économie. Ce n'est ni plus ni moins qu'une baisse d'impôts que le ministre allemand des Finances, Hans Eichel, a promise à ses compatriotes en 2004 (lire Le Temps du 3 juillet). Cet allégement s'élèvera à 22 milliards d'euros, soit 1% du produit intérieur brut (PIB) allemand. Ce manque à gagner pour l'Etat devrait revenir dans le circuit économique via les ménages. Suite à l'abaissement du fardeau fiscal, les Allemands verront leurs revenus augmenter et retrouveront l'envie de consommer. Les entrepreneurs, dont certains bénéficieront de cette baisse, seront incités à investir, rassurés par l'amélioration du climat de consommation. Voilà pour le scénario idéal qui générera une croissance supplémentaire du PIB oscillant entre 0,25% et 0,75% selon les scénarios.

Plus que l'effet réel sur la demande, Henrik Uterwedde, de l'Institut franco-allemand à Ludwigsburg, souligne l'impact psychologique de cette annonce. «Cela signifie que la politique est capable de réagir. Que le pays peut bouger. Qu'il n'est pas prisonnier de ses structures», observe le chercheur. Il faudra attendre la publication du prochain indice IFO, qui mesure le climat des affaires dans le pays, pour se convaincre de cet effet.

Ce signal envoyé aux Allemands a toutefois déjà un prix, sachant que son financement se réalisera à travers des économies et un endettement de l'Etat. Le paquet d'économies (treizième salaire des fonctionnaires gelé, subventions biffées, etc.), qui doit encore être voté, porte sur 14 milliards. Autant d'euros qui ne nourriront pas la politique de relance initiée par le gouvernement.

Le financement par l'endettement, qui pourrait être total en cas de refus des économies, implique de son côté un déficit de 3% du PIB en 2004 selon Hans Eichel, soit le plancher admis par la Pacte de stabilité. «On peut pêcher contre le Pacte, si l'on s'engage dans des réformes structurelles menant à terme à un équilibre des finances publiques», soutient Henrik Uterwedde. A ce titre, les grandes réformes allemandes (marché du travail, retraites, assurances maladie) doivent permettre ce retour à l'équilibre, selon lui. L'histoire nous rappelle cependant que la baisse d'impôts initiée par le président Reagan – le taux maximum passant de 70% en 1980 à 28% en 1988 – creusa le déficit et eut un impact économique discuté.

De plus, le recours à l'endettement n'écarte pas un possible report de la consommation. Ce risque, mis en avant par les économistes David Ricardo puis Robert Barro, implique que les individus anticipent un prélèvement ultérieur d'impôts pour payer les intérêts et rembourser le capital emprunté. Les consommateurs se décident en conséquence à épargner davantage, en lieu et place de consommer. «Cette «équivalence» ricardienne n'est pas mise en évidence en Allemagne», constate cependant Odile Chagny, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

L'efficacité de cette mesure dépend aussi de la manière dont elle sera mise en œuvre. A ce sujet, l'économiste Paul Krugman estime dans une chronique parue dans le New York Times que 40% de l'allégement fiscal décidé par le gouvernement Bush bénéficiera à un petit pour-cent de la population. Une famille typique verra sa charge fiscale baisser de 217 dollars l'an prochain, contre 93 500 en moyenne pour une famille affichant un revenu annuel supérieur à un million. En Allemagne, les hauts revenus (plus de 50 000 euros) bénéficieront de 68% des allégements, observe Odile Chagny. «On court le risque d'un surcroît d'épargne quand on sait que la propension à épargner est supérieure pour les hauts revenus», analyse-t-elle.

Nonobstant ces contre-arguments, l'initiative est bienvenue pour une économie en récession. Tenu par le Pacte de stabilité, observé par la Commission européenne et aussi limité par la constitution allemande, Hans Eichel fait bien de l'acrobatie budgétaire.