La croissance du marché des véhicules utilitaires s’accélère en Suisse. Les ventes ont progressé de 4% sur les six premiers mois de cette année, par rapport à la même période en 2016, selon un communiqué de l’association auto-suisse publié le 6 juillet. Pas moins de 21 401 utilitaires ont été immatriculés de janvier à juin sur le territoire helvétique et en principauté du Liechtenstein.

La bonne conjoncture économique incite les entreprises à investir et cela se répercute positivement sur le marché des véhicules utilitaire

François Launaz, président d’auto-suisse

Pour François Launaz, président d’auto-suisse, la stabilité de l’économie suisse pousse les entreprises à renouveler ou compléter leur flotte d’utilitaires: «La bonne conjoncture économique incite les entreprises à investir et cela se répercute positivement sur le marché des véhicules utilitaires. D’autre part, les gros contrats comme l’acquisition par les entreprises d’une flotte complète de véhicules de livraisons ou de camions, peuvent également expliquer ces ventes.» La tendance actuelle sur le marché des utilitaires pourrait se confirmer dans les prochains mois, le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) estimant la croissance du produit intérieur brut (PIB) suisse à 1,6% en 2017, en hausse de 0,3% par rapport à 2016.

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Les véhicules légers de transport de marchandises (moins de 3,5 tonnes), comme les fourgons de livraison ou les camionnettes, représentent plus de trois quarts des ventes d’utilitaires en Suisse. Ce segment, principalement tourné vers les PME, a progressé de 2,4% sur les six premiers mois de cette année. Les véhicules utilitaires lourds (plus de 3,5 tonnes) ont affiché une croissance de 12,7% sur cette période.

Enfin, la demande de véhicules de transports de personnes a progressé de 6,8% par rapport à l’année dernière. Ce secteur affiche depuis trois ans une croissance annuelle à deux chiffres en Suisse, notamment grâce aux ventes de camping-car.

Le marché mondial à l’unisson

Le développement actuel du marché suisse n’est pas un cas isolé. Depuis 2013, le marché européen des véhicules utilitaires légers (moins de 3,5 tonnes) affiche une croissance annuelle moyenne supérieure à 10%. Selon l’Association des Constructeurs européens d’automobile (ACEA), 606 612 véhicules ont été vendus sur le Vieux Continent au cours du premier semestre, et les exportations depuis l’Union européenne ont augmenté de 14,6% pour une valeur de 2,7 milliards d’euros (3 milliards de francs).

Les constructeurs automobiles européens cherchent également à s’implanter sur le marché chinois, en pleine expansion. Mercredi dernier, Renault annonçait la création d’une coentreprise avec la firme chinoise Brillance China Automotive (CBA), spécialisée dans la production et la vente de véhicules utilitaires. Ce secteur d’activité représenterait 3 millions de véhicules dans l’Empire du Milieu.

Le défi des normes environnementales

Les ventes d’utilitaires, plus polyvalents et moins polluants que les camions, sont renforcées par le durcissement des normes internationales antipollution. Au niveau européen, les constructeurs doivent respecter depuis le 1er septembre 2016 la norme Euro 6, qui réduit les seuils d’émissions par rapport aux précédentes réglementations. Un véritable défi pour les marques automobiles, qui doivent adapter leur offre en proposant des motorisations alternatives, moins polluantes, sur leur gamme d’utilitaires.

En Suisse, les redevances sur le trafic de poids lourds favorisent aussi l’achat de véhicules dont le poids n’excède pas 3,5 tonnes. Néanmoins, les entreprises helvétiques achètent des camionnettes plus lourdes en moyenne que leurs voisins européens. Les frais généraux, comme le salaire des chauffeurs, sont plus élevés et incitent les professionnels à optimiser leurs coûts, en chargeant plus de marchandises dans un même véhicule… au détriment de leur consommation.

La tendance aux camionnettes lourdes rend quasiment inatteignable le nouvel objectif en matière de CO2 de 147 gramme

François Launaz, président d’auto-suisse

Actuellement, les restrictions fédérales sur les émissions de gaz à effet de serre sont calquées sur les exigences de l’UE. Les importateurs ou constructeurs suisses seront soumis dès 2020 à un seuil cible spécifique de pollution sur l’ensemble de leur parc automobile, de l’ordre de 147 grammes de CO2 en moyenne par kilomètre pour les véhicules de livraison. Une erreur, vu la singularité du marché suisse, selon François Launaz: «La tendance aux camionnettes lourdes rend quasiment inatteignable le nouvel objectif en matière de CO2 de 147 grammes […]. Nous attendons avec impatience les modalités d’introduction détaillées que le Conseil fédéral compte présenter en automne.»

Sans ajustement juridique, les pénalités payées par les importateurs suisses sur la vente d’utilitaires pourraient atteindre des sommets et entraîner une augmentation des prix. «Les entreprises pourraient également se tourner vers l’étranger, en important des véhicules de plus de six mois, sans être soumis à aucune taxation ni impôt», ajoute François Launaz.