La reprise de l’économie mondiale reste fragile, avertit Carmignac

Stratégie Le gérant d’actifs français juge que les actions de la zone euro affichent des valorisationsà nouveau élevées

En Suisse, ses fonds investissent dans Holcim, Novartiset Richemont

A chacune de ses présentations, Edouard Carmignac, le fondateur de Carmignac Gestion, ne manque pas d’insister sur l’orientation à long terme de son approche d’investissement. «Notre but n’est pas de remanier complètement notre portefeuille chaque mois. Nous voulons offrir une protection à la baisse à nos clients tout en leur permettant de profiter de tendances de fond», a-t-il déclaré mardi à l’occasion de l’ouverture d’un nouveau bureau à Zurich.

Faut-il en déduire que le gérant d’actifs anticipe une correction sur les marchés? Le président-directeur général de la société, qui gère 58 milliards d’euros d’actifs, nuance: «Nous avons certaines craintes au sujet des perspectives de croissance de l’économie mondiale. Mais, si nous avons des positions à la baisse, elles concernent avant tout les valeurs cycliques.»

Pour Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac, la reprise en cours en Europe reste encore fragile. Certes, elle est visible sur la base de certains indicateurs positifs, notamment les dépenses des consommateurs et l’évolution des biens durables en Allemagne. Cependant, la zone euro continue de souffrir de problèmes structurels, avec une dette publique rapportée au produit intérieur brut qui continue d’augmenter. Surtout, l’augmentation des bénéfices des entreprises résulte en grande partie de la dépréciation de l’euro face aux autres monnaies. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne la France et les Pays-Bas, moins en Allemagne, en Espagne et en Italie. Ainsi, une baisse de 10% du cours de l’euro a permis d’augmenter les bénéfices des entreprises françaises d’environ 9%, contre 7% dans la zone euro.

La société affiche un optimisme très mesuré concernant la situation outre-Atlantique. La reprise de l’économie américaine «pourrait se révéler plus faible qu’attendu», a poursuivi Didier Saint-Georges. Les investissements dans les biens durables sont en repli cette année alors que le taux d’épargne tend à remonter. Enfin, le ralentissement observé en Chine doit encore se stabiliser. «La Chine reste un obstacle à une possible accélération de la croissance dans la zone euro», a-t-il poursuivi. Au final, il juge le cycle économique global comme étant «toujours faible». Dans ce contexte, Didier Saint-Georges se montre aussi très prudent à propos d’un possible premier resserrement des taux aux Etats-Unis, la situation actuelle de l’économie américaine ne permettant pas une normalisation rapide de la politique monétaire de la Fed.

Sur les marchés actions, Carmignac s’inquiète des valorisations élevées affichées sur le Vieux Continent. Dans la zone euro, les multiples de résultats se situent à 16, le double d’il y a trois ans lorsque Mario Draghi, le président de la BCE, avait annoncé son intention de mettre en place toutes les mesures nécessaires pour sauver l’euro. «Plutôt que de courir après les valeurs cycliques, nous préférons investir dans des entreprises leaders globales dans leur secteur, capable de verser continuellement des dividendes», conclut-il.

Par secteur, Carmignac favorise les titres du secteur pharmaceutique, y compris Novartis, ainsi que des biotechnologies et techniques médicales (Celgene, Novo Nordisk) tout comme les technologies de l’information.

Parmi les actions suisses, le gérant détient aussi des titres de Richemont et de Holcim. Concernant cette dernière société, craint-il un impact négatif de la fusion avec son concurrent Lafarge? Interrogé en marge de la présentation, Edouard Carmignac s’est montré au contraire optimiste sur ce rapprochement, estimant qu’il évitera aux deux sociétés de devoir être présentes simultanément dans les mêmes pays comme cela a été le cas jusqu’ici.

Plus généralement, il privilégie les investissements axés sur des thèmes profitant d’une tendance positive de long terme, comme les services liés à Internet au sens large, y compris des sociétés comme Comcast. Sans oublier la Chine, qui reste une opportunité de long terme. Par région, la société donne sa préférence aux actions des grandes sociétés américaines, qui offrent une meilleure visibilité en matière de bénéfices que les européennes.

Dans la zone euro, les multiples de résultats se situent à 16, soit le double du niveau affiché il y a trois ans