«Notre situation est excellente. L'endettement a diminué. Nous avons généré 200 millions de francs d'argent liquide en 2002 et retrouvé, avec 14,9%, la marge bénéficiaire opérationnelle de l'année 2000.» Urs Kamber, directeur financier de Centerpulse, entreprise suisse spécialisée dans l'orthopédie et la chirurgie de reconstruction (ex-Sulzer Medica), aurait dû être rayonnant en annonçant ces excellents résultats 2002 hier dans la banlieue de Zurich, non loin de Winterthour où 550 personnes ont inventé, développé et fabriqué des produits suisses de haute technologie médicale.

En réalité, Urs Kamber tirait une tête d'enterrement. Mine de circonstance, puisque «son» entreprise sera probablement rachetée par son concurrent anglais Smith & Nephew (S & N), suite à l'offre publique d'achat lancée jeudi (lire Le Temps du 21 mars). Pour l'instant, seuls deux membres de la direction sont assurés d'un emploi dans la nouvelle entité: Max Link, directeur général et président du conseil d'administration, et René Braginsky, financier qui possède 19% de Centerpulse via sa société InCentive Capital.

Les observateurs du secteur avaient déjà annoncé la forte probabilité d'une consolidation dans la branche des appareils médicaux, où de très nombreux acteurs se partagent un marché estimé à 14 milliards de dollars (19,3 milliards de francs) pour l'orthopédie et à 6 milliards pour la chirurgie reconstructive. La surprise est tout de même de taille, en raison de la faible prime (1,8%) offerte par S & N, et parce que Centerpulse, après avoir réglé la quasi-totalité de ses problèmes juridiques suite à l'affaire des prothèses défectueuses, a retrouvé le chemin de la croissance aux Etats-Unis en 2002 (hausse de 10% des ventes en monnaie locale, à 638 millions de francs) et délivré un bénéfice net de 337 millions, comparé à une perte exceptionnelle de 1,93 milliard en 2001.

Indépendance possible

«C'est vrai. Ces chiffres sont excellents. Nous aurions pu poursuivre nos activités durant de nombreuses années en restant indépendants et en dégageant des bénéfices vraiment satisfaisants, souligne Max Link. Mais nous aurions continué à être confrontés au problème de notre faible masse critique, aussi bien aux Etats-Unis que face à nos principaux concurrents américains. L'occasion de détenir de plus grandes parts de marché grâce à S & N s'est présentée. Nous l'avons saisie.»

Le poids de Centerpulse dans la nouvelle entreprise, nommée Smith & Nephew, représente 24%. Cette absorption projette l'entreprise anglaise au troisième rang mondial du marché orthopédique. Aux Etats-Unis, S & N devient désormais un acteur avec qui ses concurrents devront compter, puisqu'elle détient 14% du marché de la chirurgie reconstructive.

La perte d'identité suisse ne constitue pas un problème majeur, selon Max Link, qui a effectué une grande partie de sa carrière chez Sandoz, puis au sein d'une entreprise de diagnostics rachetée par Roche. «L'accord a été conçu, au départ, dans un esprit de fusion industrielle. Nous avons préféré le conclure avec une entreprise européenne plutôt qu'avec un de nos concurrents américains. Le centre de Winterthour gagnera même en importance, puisqu'il deviendra le centre de production européen du groupe dans le domaine orthopédique.»

Pourtant, tout n'est pas joué. Une majorité des actionnaires de Centerpulse, représentant 75% du capital, devra accepter l'offre publique d'achat. De plus, une surenchère est possible de la part d'un autre acquéreur. «En raison du faible prix offert à Centerpulse, je ne serais pas surpris par une proposition émanant d'un concurrent américain parmi lesquels Stryker, Biomet ou Zimmer», indique Christoph Gretler, analyste de CSFB. «J'espère que personne ne réagira», rétorque Max Link qui vante, à l'intention des actionnaires de Centerpulse, les mérites de l'offre de S & N par le potentiel de hausse du titre britannique offert en échange.