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La reprise en Suisse s’appuie sur une assise plus large

L’enquête menée par la BNS auprès de 240 entreprises issues de huit régions signale que la conjoncture s’est encore améliorée. L’impact du vote du 9 février est certes évoqué mais il reste difficile à mesurer

La reprise en Suisse s’appuie sur une assise plus large

Perspectives L’enquête menée par la BNS auprès de 240 sociétés issues de huit régions signale une amélioration

L’impact du vote du 9 février reste, lui, difficile à mesurer

La Banque nationale suisse (BNS) a accès à un large éventail de sources d’informations pour mesurer l’évolution de la conjoncture. Outre les prévisions concernant la croissance et l’inflation qui sont fondées sur des modèles, la BNS réalise ses propres enquêtes auprès de 240 entreprises issues de huit régions du pays.

Ces enquêtes ont la particularité de comporter de nombreux aspects qualitatifs. «Les autres instituts qui réalisent des enquêtes conjoncturelles se basent sur un échantillon plus large mais il s’agit de questionnaires davantage standardisés. A la BNS, nous travaillons avec un échantillon plus restreint. Ces données ont l’avantage d’être basées sur un ­entretien véritablement personnalisé, effectué par nos délégués ­régionaux généralement avec le directeur ou le responsable financier de l’entreprise. Cela permet d’avoir plus d’interaction avec les sociétés et fournit davantage d’informations sur la situation courante et les plans des entreprises», explique Attilio Zanetti, directeur de l’analyse économique à la BNS.

Et que signalent les données récoltées en janvier et février dans le cadre de la dernière enquête dans les régions? «Elles indiquent que la croissance se poursuit et qu’elle est assise sur une base plus large», souligne le Tessinois. Il constate trois tendances en particulier qui corroborent les prévisions macroéconomiques pour 2014.

Premièrement, il cite l’amélioration observée dans le secteur manufacturier, à la fois concernant l’appréciation de la situation actuelle et celle des trimestres à venir. «En principe, l’amélioration de la conjoncture internationale en cours devait se traduire par une hausse des exportations. Les données rassemblées au premier trimestre confirment ce scénario.»

Deuxièmement, «des signes de frémissement de la demande dans les pays du sud de l’Europe comme l’Italie ou l’Espagne» sont perceptibles à la lecture des résultats de l’enquête. Troisièmement, les investissements montrent des signes de reprise. Après une longue période où les investissements ont été déprimés, une inversion de tendance se dessine, portée par la reprise des exportations. «Il n’y a pas d’accélération spectaculaire de la croissance en 2014, mais la tendance observée l’an dernier se poursuit», juge-t-il.

L’enquête dans les régions de la BNS rejoint l’optimisme qui prévaut dans les autres prévisions conjoncturelles. En particulier celles du Secrétariat à l’économie (Seco), qui prévoit une hausse du PIB de 2,2% en 2014, puis de 2,7% pour 2015. De son côté, Credit Suisse se montrait plus prudent, avec une hausse du PIB helvétique attendue à 1,8% pour 2015, notamment au vu des risques qui pèsent sur les relations bilatérales. Dans l’enquête de la BNS, l’acceptation de l’initiative «Contre l’immigration de masse» n’est encore qu’en partie évoquée, les entretiens ayant été effectués avant et après cette date. «Le résultat du vote du 9 février apparaît certes dans l’enquête mais, dans l’immédiat, la réaction de nos partenaires à ce sujet est plutôt modérée. Les entreprises attendent d’avoir davantage d’éléments concrets», poursuit-il. Par ailleurs, c’est un sujet qui apparaissait déjà avant le vote dans les préoccu­pations des entrepreneurs interrogés, aux côtés d’autres thèmes politiques, comme l’initiative d’Eco­pop, celle concernant l’introduction d’un salaire minimum ou encore la discussion sur la réforme de la taxation des entreprises.

Si les tendances qui ressortent de la dernière enquête sur les ­régions rejoignent les prévisions conjoncturelles, il n’en a pas toujours été ainsi lors de tournants importants, comme au moment de la dernière crise financière ou durant la forte appréciation du franc avant l’instauration du taux plancher de 1,20 franc par euro en août 2011. «Dès l’automne 2008, les entreprises participant à l’enquête ont fait état d’une chute soudaine et brutale de la demande. Ces données étaient plus alarmistes que celles de la comptabilité nationale», se souvient ­Attilio Zanetti. «Les enquêtes indiquaient aussi que, malgré l’ampleur du choc, la réaction sur l’emploi serait plus limitée que ce que l’on pouvait craindre. Malgré une chute des entrées de commandes, qui atteignait parfois plus de 50%, beaucoup d’entreprises sont restées convaincues qu’elles devaient garder leurs collaborateurs car elles avaient confiance dans leur modèle d’affaires. Les renseignements de ce type ne peuvent pas être obtenus avec les chiffres officiels», souligne-t-il.

Autre exemple: lors de la forte appréciation du franc en 2011, beaucoup d’experts redoutaient des délocalisations d’activités. «Suite aux entretiens réalisés avec les entreprises, il en ressortait plutôt qu’elles misaient sur des gains d’efficacité ou cherchaient à obtenir de nouvelles niches de marché dans des pays émergents pour lutter contre les effets de l’appréciation du change et la forte réduction des marges. Toutefois, elles ne remettaient que rarement en question leurs sites de production en Suisse», se souvient-il.

«Des signes de frémissement de la demande dans les pays du sud de l’Europe sont perceptibles»

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