«La Suisse a effectivement perdu des parts de marché. Autrefois 5e destination touristique, elle figure aujourd'hui au 19e rang mondial, derrière la Turquie ou la Hongrie», admet Christian Rey. Le président de l'organisation faîtière Hôtelleriesuisse s'exprimait mardi à l'occasion de l'actualisation de la classification de 2300 hôtels, sur les 5600 recensés, attribution qui fait par ailleurs l'objet d'une «guerre des étoiles» entre GastroSuisse et Hôtelleriesuisse.

Christian Rey ne s'alarme pourtant pas de la situation et relativise le déclin du tourisme suisse. «De nouvelles destinations sont apparues. Qui aurait dit, il y a quelques années, que la Chine ou le Mexique occuperaient les 5e et 8e rangs? Depuis six ans, une prise de conscience s'est opérée en Suisse. De nombreuses rénovations d'hôtels ont été réalisées pour améliorer notre compétitivité. Avec 60 milliards de francs, dont 13 milliards dans l'hébergement hôtelier, le secteur touristique demeure très important, loin devant l'horlogerie qui génère un volume d'affaires de 11 milliards.»

Le retour des touristes, après une année 2003 catastrophique, se confirme. La progression mondiale durant les huit premiers mois de l'année se situe à 12%, taux moyen dépassé par la Chine (+ 32%), égalé par les Etats-Unis (12%), mais loin d'être atteint en Suisse. «Je suis d'un optimisme raisonnable et prévois une hausse 2% des nuitées en 2004. Par contre, je ne partage pas les prévisions basses de l'institut BAK pour les années suivantes», remarque Christian Rey. Basel Economics (BAK) prévoit une chute de la progression des nuitées à 0,9% en 2006 et 0,3% en 2007.

Prix rébarbatifs

Les problèmes structurels de l'hébergement, et le haut niveau des prix, expliquent en partie ces prévisions. La Suisse comptait 8000 hôtels en 1970, le même nombre de lits qu'aujourd'hui. Ce qui n'a pas empêché le taux moyen d'occupation de chuter à 33%. L'endettement par lit varie entre 53 000 et 112 000 francs selon les catégories d'hôtels. GastroSuisse constate que, malgré le retour des touristes, le chiffre d'affaires hôtelier a globalement chuté de 2,5% au troisième trimestre 2004, et de 8,2% en Suisse romande.

«Il y a encore beaucoup à faire, admet Peter Keller, responsable du secteur touristique auprès du Secrétariat d'Etat à l'économie. Des hôtels continueront à disparaître et la productivité devra être améliorée par la constitution d'entreprises de plus grande taille, par exemple par regroupement d'établissements. Une autre manière de baisser les coûts consiste à créer des coopératives d'achat ou de services englobant plusieurs hôtels. Mais la Suisse ne sera jamais une destination pour le tourisme de masse. Elle devra continuer à se concentrer sur une clientèle au pouvoir d'achat élevé, particulièrement courtisée par nos concurrents.»

Une autre manière de réduire les coûts se profile par la mise en œuvre, à terme, de la libre circulation des personnes aux travailleurs est-européens. «Un certain nivellement des salaires afin de réduire l'écart entre la Suisse et les pays européens est à mon avis positif pour la branche touristique, mais il ne faut pas oublier la nécessité de recourir à une main-d'œuvre qualifiée pour justifier des prix élevés», estime Peter Keller.