La pollution fait généralement son retour à Hongkong quand les usines chinoises voisines turbinent de nouveau à plein régime après le Nouvel An lunaire. Ce n’est pas le cas cette année, signe que nombreux sont les sites à avoir prolongé leur fermeture annuelle au-delà des festivités fin janvier. Une vingtaine de provinces et de municipalités chinoises avaient appelé les industriels à rester à l’arrêt au moins jusqu’au 10 février. Plus de 70% des entreprises devaient reprendre leurs opérations cette semaine, selon un sondage du site de recrutement Zhaopin.com, mais 18% restaient dans l’expectative, ne sachant comment évoluera le virus pneumonique.

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Vacances prolongées 

Selon Tommy Wu, analyste à Oxford Economics, de nombreuses grandes entreprises, nationales et internationales, restent en vacances prolongées ou ont demandé au personnel de travailler à domicile. Toyota et BMW ont ainsi opté pour l’arrêt de leurs usines en Chine jusqu’à la semaine prochaine. Certaines entités attendent par ailleurs le feu vert des autorités locales pour rouvrir. Mais même lorsqu’elles l’obtiennent, comme Foxconn (partenaire d’Apple) pour son site de Zhengzhou, «elles sont actuellement confrontées à une pénurie de main-d’œuvre», relève Tommy Wu car «de nombreuses restrictions sur les transports sont toujours en vigueur et des lignes de train suspendues, ce qui limite les flux de personnes voyageant de leur ville natale vers la ville où ils travaillent». Cela restreint aussi le transport des marchandises, en particulier à Wuhan, épicentre du virus et nœud de transports.

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Beaucoup des 240 millions de travailleurs migrants rentrés dans leur famille pour les Fêtes sont donc dans l’incapacité de regagner les dortoirs d’usine. Le Ministère des ressources humaines a d’ailleurs intimé aux entreprises de ne pas licencier leur personnel dans l’incapacité de reprendre leur poste en raison du virus ou de mesures de quarantaine.

«Les usines doivent rouvrir mais nous ne sommes pas sûrs de ce que cela va donner, cela va dépendre du taux d’absentéisme», témoigne sous le couvert de l’anonymat un cadre d’une entreprise de l’habillement. «Pour le moment, nous nous attendons à être impactés sur les trois prochains mois, avril inclus. Et en interne, nous n’aurons pas d’activité normale avant fin février», estime-t-il. Et il est impossible de faire basculer toute la production sur des sites situés dans d’autres pays. Selon David Baverez, entrepreneur français basé à Shenzhen, «la reprise ne va être que progressive, comme chaque année après le Nouvel An chinois où seulement une partie du personnel revient. Le principal problème est de trouver suffisamment de masques pour éviter toute contagion lors des transports en commun puis au bureau.» Et même lorsqu’elles reprennent le travail, certaines usines modifient leur production. SAIC-GM-Wuling Automobile doit ainsi reconvertir 14 de ses chaînes en production de masques d’ici à la fin du mois, de même que BYD Auto, soit autant de pièces automobiles en moins.

Exportations affectées 

Globalement, la reprise différée des opérations pourrait avoir un impact sur la chaîne d’approvisionnement technologique mondiale et les expéditions aux clients. «Les vacances prolongées, qui retardent le retour de la production à son rythme de croisière, affecteront les exportations chinoises et les chaînes d’approvisionnement d’autres pays qui dépendent des produits chinois», prédit Tommy Wu. L’électronique et les pièces informatiques et technologiques sont les exemples les plus évidents, de même que les pièces automobiles, fabriquées en grande nombre dans la province de Hubei et qui alimentent les chaînes d’approvisionnement mondiales de la construction automobile. Tommy Wu cite, à titre d’exemple, Hyundai, qui a suspendu sa production automobile en Corée du Sud depuis la semaine dernière en raison du manque de pièces en provenance de Chine.

«Je m’attends à ce qu’il y ait quelques semaines d’ajustement dans les industries en général avant que les opérations commerciales et la fabrication reprennent à plein régime en mars. Cependant, la durée des perturbations pourrait être prolongée si l’épidémie de coronavirus ne peut pas être contenue dans les deux prochaines semaines», calcule Tommy Wu. L’impact sur les activités de fret aérien dépendra par ailleurs de la durée de l’arrêt de la production industrielle et des activités commerciales, relève pour sa part Natixis dans une note lundi.

Pertes importantes 

Dans une Chine où la production mais aussi la consommation auront été à l’arrêt pendant des semaines, les pertes de chiffres d’affaires pourraient être importantes. Or, l’Empire du Milieu est l’un des principaux débouchés pour les exportations helvétiques et l’industrie agroalimentaire, horlogère et la construction de machines sont particulièrement sensibles à l’évolution de la conjoncture chinoise. Les statistiques ne sont pas encore disponibles pour analyser à court terme les effets engendrés par le coronavirus sur le commerce extérieur avec la Chine.

Mais d’ores et déjà, «de nombreuses activités commerciales, comme les salons, sont reportées», explique Sina Steininger de Switzerland Global Enterprise (S-GE). Et selon cet organisme officiel chargé de la promotion des exportations suisses, «ce que nous entendons de nos clients, c’est qu’ils reportent également leurs activités (comme les visites dans le pays) et attendent les prochains développements».

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