Les reproches abondent contre la Finma, son style de gestion et de communication

Analyse

Signe des temps. La presse de boulevard se passionne pour la succession de Patrick Raaflaub à la tête de la Finma. La crise de la police des banques et des assurances dépasse de loin les aspects personnels. Elle exprime d’abord la perte d’un atout autrefois très suisse, l’ouverture au dialogue. Aujourd’hui, un esprit de méfiance règne entre les institutions censées garantir un environnement. «Les relations avec la BNS comme avec les banques et les assurances sont très tendues, surtout en raison de la soif de pouvoir de la Finma», selon un expert proche de l’établissement. La Finma reconnaît des divergences avec la BNS mais estime que le dialogue reste constructif. Il met le doigt sur un risque majeur pour la place financière suisse. «Au plus fort de la crise d’UBS, la coopération a bien fonctionné entre les responsables de la BNS (Jean-Pierre Roth, Philipp Hildebrand), l’administration des finances (Peter Siegenthaler) et la CFB (Eugen Haltiner). Aujourd’hui, une solution élaborée dans un esprit de confiance mutuelle le week-end lors d’une réunion de crise? J’ai peine à l’imaginer», regrette-t-il. De son côté, la Finma reconnaît des divergences avec la BNS mais estime que le dialogue reste constructif

La démission de Patrick Raaf­laub de la direction de la Finma est l’occasion d’un bilan après cinq ans. Les critiques abondent tant sur sa stratégie que sur son excès de zèle, sa quête de pouvoir ou sa politique de communication. Sur la forme, le moment du départ du directeur a surpris les patrons de banques. L’ancien cadre de Swiss Re avait promis dès 2009 que son mandat se limiterait à cinq ans. Mais l’abandon du navire en pleine tempête américaine n’est pas du goût de tout le monde.

La tâche est ingrate. La Finma joue un rôle d’équilibriste en tant que surveillant. Le «meilleur ennemi des banques et des assurances» a, par son propre comportement, érigé un mur d’incompréhension par son style de communication autant que par ses décisions sur des sujets aussi sensibles que les rétrocessions, le conflit fiscal et l’affaire du Libor. Entre l’hiver 2009 et aujourd’hui, la Finma s’est mis à dos banquiers et assureurs parfaitement conscients de la nature délicate des tâches du régulateur, et rares sont ceux qui déplorent le départ du directeur.

De nombreux financiers ont souligné les compétences de Patrick Raaflaub et ont accepté le renforcement de la réglementation après la crise. «Mieux vaut un régulateur sévère mais autorisé qu’une girouette ou un incapable», nous confie un directeur général de banque. Mais à l’égard de Patrick Raaflaub, les louanges s’arrêtent là.

Les reproches sont si nombreux qu’il n’est pas aisé de les hiérarchiser. «L’ère Raaflaub a été marquée par un grand chambardement», selon un banquier. Aucune pierre n’est restée en place, comme si rien de positif n’existait auparavant. Cette stratégie de rupture expliquerait le départ de plusieurs experts de haut rang au sein de la Finma. Un style de management excessivement autoritaire est également mentionné. Le résultat est indiscutable: un savoir-faire crucial s’est envolé dans la tourmente, malgré l’augmentation des effectifs de 320 à plus de 500 employés. Le conseil d’administration n’a pas davantage été épargné par un fort taux de fluctuation, même si chaque départ a sa propre histoire, ainsi que l’a expliqué Anne Héritier Lachat. Cette dernière est d’ailleurs souvent restée en retrait face aux reproches exprimés à l’égard de Patrick Raaflaub, s’étonne la NZZ. Le journal souligne aussi un esprit de dialogue insuffisant dans l’organisation et un fort taux de rotation. Les changements ont été bien plus nombreux dans un département tel que les «marchés» (autorisation de fonds de placement par exemple), avec un taux de rotation de 20 à 25%, que dans la surveillance des assurances. Cela dit, les assureurs sont souvent peu tendres à l’égard de la Finma, notamment par son refus de prolonger les allégements «temporaires» du test de solvabilité (SST).

Le style de gestion de l’autorité est également critiqué à l’égard d’autres autorités de la place financière. L’indépendance avant tout. Mais devrait-elle empêcher le dialogue? Qu’il s’agisse des rétrocessions ou de la gestion de l’affaire du Libor, les critiques pleuvent.

Il est indéniable que l’explosion des interventions passe mal dans une branche où un tiers des banques lutteraient pour leur survie. La multiplication des charges administratives et des réglementations détériore une rentabilité déjà très insuffisante. De plus, la Finma semble interpréter son mandat de façon extrêmement large. Car, non contente de surveiller, elle a pris d’innombrables initiatives qui appartiennent de facto au Conseil fédéral, lui reproche-t-on. En tant que producteur de normes, elle omet de trop considérer le rapport coût/bénéfice de son interventionnisme.

Une faute majeure lui est également reprochée. Bien qu’au cœur des informations sur le conflit fiscal entre UBS et les Etats-Unis, elle n’est pas intervenue pour avertir les banques du danger que ces dernières encouraient en accueillant les clients américains issus d’UBS.

Sa forme de communication a aussi paru peu compréhensible. Est-ce un signe de confiance envers les banques de s’adresser à elles à travers un article de presse pour les exhorter à participer au programme américain?

Les nouvelles et nombreuses règles s’additionnent par des voies aussi diverses que compliquées. «La «régulation» se fait non seulement par des nouvelles lois, mais aussi par les circulaires, des documents de discussion, voire les questions & réponses (Q&A) publiées sur son site», souligne Maurice Pedergnana, directeur de la Swiss Private Equity & Corporate Finance Association (SECA).

La Finma a sans cesse refusé de contribuer à la compétitivité de la place financière davantage que «par une surveillance cohérente ainsi qu’une réglementation prévisible». Une interprétation étroite de la loi sur les banques qui n’est pas partagée par les acteurs de la place. D’autres régulateurs vont nettement plus loin dans la défense de la place financière sans délaisser leur tâche de surveillance. La longueur des délais d’autorisation de nouveaux produits n’est sans doute pas un atout pour la compétitivité de la place suisse.

La Finma a mis en œuvre une politique structurelle, critique Maurice Pedergnana dans une chronique publiée par Finews. Dans une diatribe fort remarquée, il conclut: «En finance, la Suisse est un pays d’émigration et non plus d’immigration. Tel est le véritable résultat des activités de la Finma.» Cruel, mais on peinerait à le contredire.

Aucune pierre n’est restée en place, comme si rien de positif n’existait à l’époque de la CFB