Journaliste et professeur au sein de l’école de journalisme de la City University of New York, Jeff Jarvis est à l’origine d’un nouveau fonds de recherche pour lutter contre la prolifération de fausses informations. Baptisé News Integrity Initiative, ce programme fédère plusieurs universités, organisations caritatives et entreprises. Il est doté d’une enveloppe initiale de 14 millions de dollars, apportés par Facebook, la Fondation Ford ou encore le fonds philanthropique de Craig Newmark.

Jeff Jarvis évoque ces objectifs et l’impact des réseaux sociaux sur l’information.

Le Temps: Quels seront les objectifs de fonds de recherche?

Jeff Jarvis: La première mission sera de comprendre les conservations qui ont lieu sur les réseaux sociaux. Comment peuvent-elles être manipulées? Pourquoi les gens partagent ce qu’ils partagent? Pourquoi ne croient-ils parfois pas aux faits? Nous n’avons pas encore une bonne connaissance du sujet. Avant de chercher des solutions au problème, il faut le définir avec pertinence. Nous allons organiser des rencontres pour mieux partager les informations et nous financerons des recherches et des projets concrets qui auront le potentiel de changer la manière dont nous nous informons.

– Pourquoi lancer ce fonds maintenant?

– C’est en partie une question de timing. Suite à l’élection présidentielle américaine, des personnes qui s’inquiètent pour la démocratie et le journalisme proposent des financements. Il y a donc des projets intéressants en cours, comme la coalition First Draft en France, qui vont nous aider. Mais cela serait une erreur de considérer que ce problème est récent. Il y a simplement un regain d’intérêt en raison de l’actualité.

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– Mais n’a-t-il pas empiré avec l’émergence des réseaux sociaux?

– La désinformation existe depuis longtemps mais nous ne pouvions la voir de la même manière. Il y a vingt ans, quand vous entriez dans un bar, vous entendiez beaucoup de fausses informations. Maintenant avec les réseaux sociaux, c’est comme si nous pouvions entendre toutes les conversations de comptoir du monde entier. Deuxièmement, il est aujourd’hui beaucoup plus facile de manipuler l’information, pour gagner de l’argent ou pour faire de la propagande. Les conséquences de ce problème sont aussi plus visibles, notamment parce que nous traversons une révolution institutionnelle engendrée par Internet qui accentue les peurs.

– Est-ce pour cette raison qu’il était important d’associer Facebook à votre projet?

Facebook veut aider le journalisme. Je ne peux pas leur dire non. Mais il était indispensable pour nous de garder une totale indépendance. Dans le même temps, je ne veux pas simplement de l’argent de Facebook. Je souhaite qu’ils apportent aussi leur expertise pour aider les journalistes à mieux appréhender les réseaux sociaux ou encore des données pour faciliter le travail de recherche. J’espère que ce projet permettra de créer des ponts.

– Pourquoi une grande partie de la population américaine ne fait plus confiance aux médias?

– L’élection de novembre a montré que les médias progressistes ont abandonné la moitié conservatrice au pays. Et ils nous ont aussi abandonnés. Cela a commencé dans les 1970. C’est un problème plus large qui porte aussi sur la capacité du journalisme à mieux écouter et à être plus compréhensif. Ces Américains n’ont plus confiance dans les médias donc nous n’avons plus l’opportunité de les informer. Nous ne pouvons plus avoir de discussions rationnelles basées sur les faits. En tant que journaliste, je garde cependant l’espoir que nous allons pouvoir y arriver.