À l'approche de la saison estivale, les professionnels du tourisme suisse enregistrent une hausse du nombre de nuitées hôtelières réservées. Selon un communiqué publié vendredi par Suisse Tourisme, qui a mené une enquête auprès de 270 acteurs du secteur, elles sont en augmentation de 14,5% en moyenne par rapport à l'année dernière, en prenant en compte l’hôtellerie et la para-hôtellerie.

Pour la période de mai à octobre l'an dernier, les hôtels avaient enregistré 13,4 millions de nuitées au cours de la saison touristique d’été, soit une baisse de 40,9% (–9,3 millions de nuitées) par rapport à 2019, selon les chiffres de l'Office fédéral de la statistique.

Lire aussi: L'hôtellerie suisse demande une prolongation des aides

«La hausse des réservations ne sera pas de 14,5% chez nous, puisque que nos réservations avaient augmenté l'été dernier, contrairement à d'autres hôtels, indique Claude Buchs, qui dirige l’hôtel Bella Tola à Saint-Luc (VS). Mais si on regarde nos prévisions, nous avons tout de même plus de réservations qu'à la même période l'an passé.» Les professionnels du secteur espèrent notamment un retour des voyageurs des pays voisins.

Des touristes européens attendus

Selon Suisse Tourisme, environ 48% des prestataires interrogés s’attendent à ce que le nombre de touristes européens soit plus important qu’à l'été 2020, venant essentiellement d’Allemagne, de France, du Benelux et de Grande-Bretagne. Un phénomène observé en partie sur le terrain par Claude Buchs: «Nous avons beaucoup d'habitués. Il y a une clientèle allemande qui était pour ainsi dire absente l'an dernier, et qui a bien réservé cette année. En revanche, les clients belges et français sont encore un peu frileux. Je pense qu'ils viendront mais ils ne se sont pas précipités.»

La mise en place d'un passeport sanitaire devrait jouer un rôle de déclencheur pour les réservations auprès de la clientèle européenne. L'établissement compte aussi des réservations de groupes de randonneurs américains qui avaient annulé leur venue l'an dernier. «Pour l'instant elles sont maintenues, mais ça reste encore des points d'interrogation», précise Claude Buchs.

Lire également: Le surtourisme pourrait mourir du covid

Pour autant, le retour d'une clientèle étrangère ne devrait pas bénéficier de la même façon à toutes les régions. «Les grandes destinations qui attirent une clientèle internationale, comme Zermatt, Davos, ou Verbier vont en profiter plus que les petites, qui misent sur une clientèle suisse», souligne Roland Schegg, professeur à l’Institut du tourisme de la HES-SO-Valais.

En ce début d'année, les touristes étrangers étaient moins présents dans les hôtels que les clients suisses. De janvier à mars 2021, la clientèle suisse a représenté un peu plus de 4 millions de nuitées contre environ 1 million pour la clientèle étrangère. L'an dernier sur la même période, les chiffres étaient respectivement de 3,9 millions et 3,6 millions de nuitées.

Le flou suisse

Où iront les Suisses cet été, la question taraude le secteur. La majorité (54,4%) des professionnels interrogés pensent qu'ils continueront d'attirer une clientèle nationale importante. Selon Suisse Tourisme, les entreprises estiment que «l’intérêt des habitant(e)s du pays à découvrir une autre région linguistique de Suisse devrait encore s’intensifier.»

Mais l'ouverture possible des voyages à l'étranger laisse planer une incertitude. «Il y a quand même pas mal de Suisses qui cherchent le soleil et la mer, surtout après un mois morose comme celui que l'on vient de vivre», rappelle Roland Schegg. Reste à savoir si un afflux de touristes européens permettra de compenser un éventuel départ de la clientèle suisse.

Des séjours courts privilégiés

Même si la vaccination progresse et que les mesures sanitaires pour permettre de voyager commencent à se mettre en place, les réservations à la dernière minute devraient rester une tendance de fond. Les acteurs du secteur estiment aussi que les séjours de courte durée devraient connaître une croissance de près de 21% pour la saison à venir. «Les clients européens restent un peu plus longtemps, mais nous avons essentiellement des séjours de 2-3 nuits», note Claude Buchs.

Face à cette tendance aux réservations au dernier moment, la météo jouera «un rôle crucial pour le tourisme de proximité cet été» souligne Suisse Tourisme. Un point peu encourageant, au regard du froid et de la pluie qui ont marqué ces dernières semaines.