C'est la loi de Moore: «Il ouvre la bouche, et les marchés plongent.» La bouche est celle du président américain, et l'auteur de cette remarque vache est un de ses amis politiques, Stephen Moore, président du très conservateur Club pour la croissance. A Waco, où il avait réuni un Forum économique à la manière de Klaus Schwab, George Bush s'est dit mardi «terriblement optimiste» pour l'avenir du pays, malgré les difficultés économiques qu'il traverse. La Bourse de New York, peu après, est partie en vrille.

A vrai dire, le marché réagissait plutôt à l'annonce, attendue, faite par la Réserve fédérale du maintien du loyer de l'argent au niveau bas (1,75%) auquel il a été fixé après onze baisses successives. Mais la Fed, modifiant la position qu'elle avait adoptée en mars lors de la dernière réunion de son comité du marché, a ajouté une note d'alarme à sa décision. Elle voit dans les risques économiques actuels une menace de faiblesse future. «Dans l'avenir prévisible», une plus grande détérioration est possible, disent Alan Greenspan et ses collègues; ils ne sont pourtant pas convaincus qu'une baisse du loyer de l'argent sera nécessaire à l'automne pour stimuler la relance, parce que la productivité se maintient à un niveau de croissance acceptable, et que la vente de détail, on l'a appris hier, était encore soutenue (+1,2%) en juillet.

Position tout en nuances, comme d'habitude, mais pas «terriblement optimiste» comme l'était le président à Waco. Ce Forum de vacances, auquel participaient 250 chefs d'entreprise, économistes, des ministres et le vice-président Dick Cheney, n'avait pas pour objectif d'annoncer des décisions, mais de convaincre les Américains que George Bush et l'administration républicaine ont le constant souci de l'économie et cherchent les moyens de surmonter la crise de confiance et la relative apathie dont elle ne sort pas.

Les élections du midterm pour le Congrès auront lieu dans trois mois, et les démocrates sont partis en guerre sur ce terrain avec une violence extraordinaire. Le président du parti, Terry McAuliffe, protégé de Bill Clinton, a enflammé une réunion à Las Vegas, le week-end dernier, en reprochant à Bush d'avoir réussi en un an et demi à annuler la croissance et à détruire un énorme surplus qu'il avait reçu en héritage. Et il accuse les républicains d'être le parti des CEO marrons qui défilent devant la justice. Le parti du président rend coup pour coup, répliquant que la source de tous les maux était dans la gestion démocrate.

Mais George Bush sait que l'économie peut faire vaciller sa présidence si solidement assise après le 11 septembre. Il ne peut pas oublier, bien sûr, que son père avait été battu en 1992, malgré la victoire de la guerre du Golfe, parce qu'il avait trahi sa promesse de ne pas augmenter les impôts, et donnait l'impression aux Américains d'avoir perdu le contrôle de l'économie. Le risque est d'autant plus grand, pour la Maison-Blanche, que l'équipe en charge de ce domaine capital est faible. Le secrétaire au Trésor, Paul O'Neill, est largement déconsidéré, les conseillers sont des seconds couteaux, et George Bush, ancien patron sans gloire, est mal à l'aise quand il doit parler de l'économie. Voyez la Bourse!