Cette fois-ci, c’est couru d’avance. La Réserve fédérale américaine (Fed), qui se réunit mardi et mercredi, ne relèvera pas ses taux directeurs. La raison n’est pas tant que Donald Trump lui ait enjoint de ne pas renchérir le coût de crédit. En décembre dernier, lorsqu’elle avait décidé de relever le taux de 0,25%, le président américain n’avait pas caché son mécontentement et aurait même envisagé de limoger Jerome Powell, président de la Fed. Cette fois-ci, Donald Trump n’y est pour rien.

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«La Fed a appuyé sur le bouton «pause» pour laisser les marchés respirer un peu (après la déroute de fin 2018, ndlr), d’autant plus que l’environnement économique international reste assez flou, souligne Thomas Costerg, économiste senior et spécialiste des Etats-Unis chez Pictet Asset Management à Genève. L’économie américaine va globalement bien, malgré l’arrêt partiel du gouvernement fédéral (shutdown) au mois de janvier, mais l’inflation reste toujours basse.»

Statu quo jusqu’en été

Selon Thomas Costerg, la Fed pourrait, en matière de taux, choisir le statu quo jusqu’à cet été. Les analystes s’accordent sur deux hausses qui interviendront en 2019, contre trois ou quatre évoquées précédemment.

Pour Patrice Gautry, chef économiste de l’Union bancaire privée (UBP), «la Fed ne dispose pas de toutes les données pour pouvoir prendre une décision». Selon lui, il faut notamment attendre les informations sur la croissance au quatrième trimestre 2018, l’évolution du chômage et des salaires ainsi que sur l’indicateur avancé PMI services. Le PMI manufacturier pour janvier est remonté de 53,8 à 54,9 points alors qu’une baisse était attendue.

Furieux, Donald Trump envisagerait de limoger le président de la Fed

Les marchés attendent en outre des indications sur la gestion du bilan de la Fed. «Ce sujet n’avait pas été abordé en décembre et son président pourrait de nouveau botter en touche, anticipe Thomas Costerg. La banque centrale américaine n’est pas encore prête pour annoncer la fin de son action de réduction du bilan. Mais le fait même qu’elle en discute ces mardi ou mercredi sera certainement perçu comme une bonne nouvelle.»

«Stop with the 50 b’s…»

La gestion du bilan de la Fed est en effet devenue la nouvelle pomme de discorde entre Donald Trump et le président de la Fed. «Stop with the 50 b’s. Feel the market, don’t just go by meaningless numbers. Good luck! – Arrêtez avec les 50 milliards. Ecoutez les marchés et ne décidez pas sur la base de chiffres qui ne disent rien. Bonne chance»: par ce message tweeté le 18 décembre, le président américain s’était implicitement élevé contre la décision de réduire le bilan de la Fed. En réduisant de 50 milliards de dollars par mois ses investissements dans les obligations d’Etat, la Fed retire autant d’argent de la circulation. Cette démarche équivaut implicitement à un revirement de la politique d’assouplissement monétaire. Et donc à un durcissement de l’accès au crédit.

Face à la crise financière, la Fed a acheté des bons du Trésor et des obligations adossées sur des créances hypothécaires, histoire d’injecter de l’argent dans la masse monétaire en circulation. En le faisant, elle a gonflé son propre bilan, qui est passé de 900 milliards avant la crise à 4500 milliards en 2017.