Comme attendu, la Fed (Réserve fédérale américaine) a relevé mardi son principal taux directeur de 2,5 à 2,75%. Mais c'est surtout le commentaire rédigé à l'issue de la réunion de son comité de politique monétaire qu'attendaient les marchés financiers. Un changement de ton laisse entendre que la hausse des taux d'intérêt américains pourrait s'accélérer dans les mois à venir.

La Fed estime que les pressions inflationnistes se sont «renforcées ces derniers mois» et que la marge de manœuvre des entreprises pour répercuter le renchérissement de leurs coûts sur les consommateurs est devenue «plus évidente.» La croissance qui était qualifiée de «modérée» lors de la dernière réunion de la Fed le 2 février est désormais considérée comme «solide». L'inflation de base est considérée comme contenue, alors qu'elle passait pour «basse» il y a sept semaines. La Fed estime toutefois qu'elle remontera ses taux à un rythme qui devrait rester «mesuré».

Les marchés financiers, qui s'étaient habitués à anticiper très précisément les décisions de la Fed, ont été surpris par ces commentaires. Sur le marché obligataire, le taux d'intérêt à 10 ans a bondi à plus de 4,6% pour la première fois depuis juin dernier. Les marchés d'actions qui avaient commencé la journée en forte progression ont plongé dans le rouge. Des taux plus élevés sont généralement néfastes pour la valorisation des actions et des obligations.

Jusqu'à présent, les contrats à terme sur les «Fed funds» laissaient supposer que le principal taux directeur américain atteindrait 3,85% en novembre. Cela correspond à une hausse de 25 points de base à chaque réunion de la Fed. L'inflexion dans son discours laisse supposer qu'une ou deux hausses de 50 points de base pourraient intervenir d'ici là.

Menace sur les prix à la consommation

Les marchés financiers avaient déjà été inquiétés le mois dernier par l'augmentation de 0,8% des prix de gros hors énergie et alimentation en janvier. Pour février, ce chiffre a été de 0,1%, a indiqué mardi le Département du travail. Ce chiffre rassurant cache une hausse de 2,8% sur un an. La chute du dollar, qui renchérit le prix des produits importés, et la flambée du pétrole et des matières premières commencent à se faire sentir.

Le 9 mars, la Fed avait estimé dans une étude que les entreprises bénéficiaient d'une plus grande latitude pour ajuster leurs prix de vente. Cela signifie que les prix à la consommation pourraient être les prochains à accélérer. Cette statistique pour février est publiée aujourd'hui: les économistes tablent sur une progression de 0,3% contre 0,1% en janvier.

Le dollar a continué sa remontée contre l'euro. En un peu plus d'une semaine, il est passé de 1,34 à 1,3 contre la devise européenne. «La croissance plus dynamique aux Etats-Unis, l'effort de rigueur budgétaire annoncé par le président George Bush et l'augmentation des taux d'intérêt, tout plaide pour le billet vert, déclare un gérant indépendant à Genève. Au contraire, l'assouplissement du Pacte de stabilité de l'euro annonce davantage de laxisme de ce côté de l'Atlantique.»