«General Motors doit immédiatement rouvrir l’usine qu’elle a abandonnée dans l’Ohio, pour commencer à fabriquer des ventilateurs maintenant!» Donald Trump a tweeté pour solliciter le constructeur automobile dans l’urgence. Après quelques atermoiements, General Electric et Ford se sont engagés sur une production de 50 000 respirateurs en cent jours. Les Britanniques ont fait appel à Rolls Royce, les Français à Peugeot. Le recours précipité aux grands industriels rassure le public et permet de faire face à l’urgence.

Dans cette pandémie, les cas qui développent un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) doivent être mis sous assistance respiratoire par ventilation mécanique sans attendre.

A côté de cette «économie de guerre», la communauté des «makers» et du «do-it-yourself» s’est mobilisée pour trouver des solutions. En Italie, «the FabLab» a permis la fabrication en impression 3D de valves pour respirateur; de par le monde, des ingénieurs ont lancé des projets de ventilateurs médicaux à moindre coût: un hackathon a été organisé par une plateforme de start-up estonienne. Quid des entreprises spécialisées?

Un secteur sous tension

Le besoin de renfort des non-spécialistes est légitime parce que le carnet de commandes des entreprises de l’équipement médical est plein. Elles sont passées d’un rythme de production de niche au rythme d’une industrie de produits de première nécessité.

Il existe seulement dix gros fabricants de respirateurs dans le monde et les experts évaluent qu’il faudra de 150 000 à 250 000 respirateurs dans les mois qui viennent.

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D’après Christophe Hentze, directeur général France de Löwenstein Medical, «avant la crise sanitaire, les hôpitaux français, équipés d’environ 5000 ventilateurs médicaux, en commandaient entre 1000 ou 1500 par an. Aujourd’hui, on nous en demande des centaines chaque semaine.»

La firme allemande citée a doublé sa production par deux pour approvisionner des pays particulièrement plus touchés que les autres tels que l’Italie ou encore l’Iran. La responsabilité qui pèse sur les épaules des acteurs du secteur est considérable. D’autant qu’ils se retrouvent pris dans un cruel dilemme entre servir en priorité leurs clients existants, ou répondre aux nouvelles demandes.

La Suisse, pays exportateur autonome?

La pandémie a frappé nos systèmes de santé publique et a révélé les fragilités de nos économies mondialisées. Qu’il s’agisse de médicaments, de masques ou encore de tests, les pays européens ont soudainement pris conscience de leur dépendance à la Chine. Heureusement, pour ce qui est des respirateurs médicaux, la Suisse a su échapper à ce piège, et se retrouve même dans la situation d’exporter son matériel et son savoir-faire. De fait, le problème se pose dans l’autre sens: c’est la Chine qui a acheté massivement des respirateurs artificiels à la Suisse*. Andreas Wieland, CEO de Hamilton Medical – troisième producteur mondial et spécialiste américano-suisse des respirateurs –, affirme que sa société a fait en un mois le chiffre d’affaires de l’année passée.

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Mais la situation reste complexe. Un premier problème se pose aux fabricants suisses: doivent-ils exporter leurs appareils à l’étranger ou équiper en priorité les hôpitaux suisses, qui disposent d’environ 1100 respirateurs aujourd’hui et pourraient en avoir besoin de plus de 8000? Le contexte est au confinement et il est compliqué de mobiliser davantage d’équipes sur des sites de production. Grâce à une dérogation de l’Etat de Vaud, les entreprises du secteur peuvent continuer leur travail.

Ensuite, il est compliqué de maintenir la chaîne d’approvisionnement. Certains composants stratégiques – venus d’Asie pour la plupart – peuvent être en rupture de stock ou bloqués aux frontières, un casse-tête logistique: transport dans des avions-cargos, levée des restrictions à l’exportation… Pour maintenir leur production en Suisse, sans délocaliser en Asie, certaines entreprises ont dû automatiser celle-ci. Par les temps qui courent, il est salutaire de pouvoir produire et assembler à l’intérieur de nos frontières. D’autant plus que cela crée des emplois; l’exemplarité de ce secteur de première ligne qui se démène dans la difficulté, tout en respectant les normes les plus strictes de sécurité, prouve à quel point les Suisses peuvent compter sur leurs PME.


* «Entre décembre et février, les exportations suisses d’appareils respiratoires de réanimation vers la Chine ont atteint plus de 12 millions de francs, d’après les données de l’Administration fédérale des douanes. C’est sept fois plus qu’à la même période l’an passé.» Source RTS