Au cœur des marchés

Ressemblances dangereuses

La situation actuelle est très similaire au sommet cyclique américain de 2007

Les ressemblances sont troublantes… les marges des entreprises, après un record en 2014, sont depuis en baisse constante, et leurs dettes exprimées en pourcent du PIB sont à leur plus haut niveau historique; le taux de chômage est au plus bas, mais les indicateurs d’activité manufacturière flanchent et la croissance n’est soutenue que par la consommation; la politique monétaire est expansive mais les conditions d’octroi de crédit des banques se resserrent et parallèlement le taux libor progresse; enfin l’évaluation de la bourse est élevée et le prix de l’immobilier est proche de son sommet historique…

Vivons-nous un remake du sommet cyclique américain de 2007? Pas exactement évidemment, car il n’y a pas de bulle immobilière spéculative, pas de banque euphorique et pas d’inflation. Mais ces comparaisons de statistiques doivent nous interroger sur la durabilité de ce cycle économique et boursier… comme si la politique monétaire de la FED avait, en plus d’avoir relancé la croissance économique, duplifié les inconvénients de 2007.

Certes par rapport à 2007 il existe des différences internationales, malheureusement d’ailleurs… car s’il faut s’inquiéter des ressemblances américaines, il faut également s’inquiéter des différences dans la zone euro.

Dans la zone euro, si le peak des marges des entreprises de 2007 reste toujours un sommet hors de portée, le taux d’endettement des Etats, a en revanche nettement dépassé la zone critique de 2007! Comme si la politique monétaire de la BCE n’avait servi principalement qu’à repousser encore et encore l’amélioration de la gestion et les réformes des comptes publics.

L’Italie connaît particulièrement bien ce mirage: alors que son taux d’endettement public en pourcent du PIB est monté depuis 2007 de 100 à 135%, sa charge d’intérêts sur la dette a diminué de 15%, ce qui lui permet d’afficher une diminution de son déficit budgétaire.

Quant à la France, le mauvais élève de la zone euro en termes de déficit budgétaire, enregistre en plus, malgré les taux bas, un déficit budgétaire primaire.

L’allocation d’actifs dans ce contexte économique devient donc très complexe. Les investisseurs qui ont, cette année, à juste titre, dévié les risques actions vers les risques obligataires, ne peuvent pour les raisons évoquées, accroître encore la glissade des risques obligataires vers les high yield. De même ils ne peuvent revenir fortement sur les actions avant une correction des évaluations boursières.

En 2017, le joker endormi des fonds alternatifs pourrait bien se réveiller.

*Associé, Bordier & Cie

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