Les ressources énergétiques mondiales suffisent pour satisfaire la demande jusqu'en 2030. Ce qui est moins certain, c'est le coût d'exploitation et de l'acheminement vers les consommateurs. Ensuite, la sécurité d'approvisionnement reste vulnérable à toutes sortes de perturbations: crise géopolitique, terrorisme, sabotage, grève. Autre constat, et pas le moindre, avec le modèle actuel de production et de consommation, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) continueront à augmenter de 1,7% par année. D'ici à 2010, les émissions seront de 39% supérieures à 1990. D'ici à 2030, la demande de brut augmentera de 60%, à 121 millions de barils par jour. Deux tiers de cette croissance viendront de pays émergents dont les plus gourmands sont la Chine et l'Inde.

Tels sont les principaux défis que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) met en exergue dans son rapport «Perspectives énergétiques mondiales 2004» publié mardi. Ils s'avèrent fondamentaux à la lumière des événements géopolitiques récents. «Nous ne pouvons pas esquiver ces défis, déclare Claude Mandil, directeur de l'AIE. Les tendances qui se dégagent de notre scénario de référence ne sont cependant pas immuables.» Et de préconiser un scénario alternatif qui requiert une action plus vigoureuse des pouvoirs publics dans le but d'orienter le monde sur une trajectoire énergétique radicalement différente.

Ce scénario alternatif part du principe que les percées technologiques permettent une meilleure efficacité énergétique. «Si les Etats appliquent les mesures encourageant la protection de l'environnement et la sécurité énergétique, la demande mondiale pourrait baisser de 10% d'ici à 2030», explique Claude Mandil. Selon lui, une utilisation plus efficace dans divers secteurs (transport, appareils électriques, industrie) peut représenter jusqu'à 16% d'émissions de CO2 en moins.

Dans le scénario alternatif, la demande de charbon, autre polluant, diminuera de 25% d'ici à 2030. «Des réacteurs nucléaires ou les technologies innovantes dans les domaines des énergies renouvelables pourraient nous affranchir un jour de la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles», déclare Claude Mandil, même si l'agence ne se fait pas trop d'illusions à propos d'une percée spectaculaire dans ce secteur.

Les renouvelables augmenteront de 5,7% par an, mais leur part dans la production d'électricité passera de 2% en 2002 à 6% en 2030. Cette progression proviendra, pour l'essentiel, de l'énergie éolienne et de la biomasse. L'agence fait remarquer que les plus fortes croissances d'énergies renouvelables sont observées en Europe, où les pouvoirs publics leur accordent un soutien vigoureux. Selon l'AIE, le pétrole ne sera guère concurrencé par les autres formes d'énergie dans les transports routiers, maritime et aérien d'ici à 2030. Elle fait par ailleurs le pari que la consommation mondiale de gaz naturel doublera d'ici à 25 ans et dépassera celle de charbon déjà dans la prochaine décennie.

Si l'AIE présente la protection de l'environnement comme le leitmotiv de son scénario alternatif, elle ne cache pas qu'elle vise également à réduire la dépendance de ses membres par rapport au pétrole arabe. Si rien ne change, les pays du Moyen-Orient fourniront plus de la moitié des besoins pétroliers mondiaux en 2030, contre 40% actuellement.