En un «temps record», il a fallu tout réorganiser. Prévue mardi à Berne, la conférence de presse de GastroSuisse a finalement dû se tenir dans un restaurant zurichois, là où les mesures sanitaires le permettent encore. Illustrant l’aspect kafkaïen de la situation actuelle, ce changement de dernière minute n’est pourtant qu’une bagatelle en comparaison de la situation «dramatique» dans laquelle est plongé le secteur de la restauration et de l’hôtellerie.

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«L’ensemble de la branche est au bord du gouffre», a martelé le président de GastroSuisse devant les médias. Casimir Platzer n’a pas caché sa stupeur face aux messages anxiogènes et «unilatéraux» délivrés ces derniers jours par les autorités et la task force Covid-19, qui ont provoqué un effondrement de la fréquentation dans les établissements. En outre, le récent durcissement des mesures par certains cantons – horaires de fermeture avancés, limitation du nombre de convives à la même table – suscite l’incompréhension, d’autant que les concepts de protection établis au sortir du semi-confinement ont fait leurs preuves.

Casimir Platzer s’offusque: «Pourquoi par exemple imposer aux restaurants une limite maximum de quatre clients, alors que les réunions privées permettent de réunir 10 à 15 personnes? Et sans traçage de surcroît. C’est incompréhensible.» Conséquence, «près de la moitié des établissements sont menacés de faillite en 2021». Egalement publiées mardi, les prédictions du centre d’études conjoncturelles de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich ne sont guère plus réjouissantes puisqu’elles tablent sur une perte de plus de 10 milliards de francs pour le secteur touristique en 2020.

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La menace sur l’emploi

En tirant la sonnette d’alarme, GastroSuisse rappelle l’importance d’une industrie qui représente le plus grand employeur privé du pays avec un total de 265 000 emplois. Or la faîtière prévient que 100 000 postes de travail sont en danger. «Si aucune mesure immédiate n’est prise pour éviter le pire, on fonce droit dans le mur», a souligné le restaurateur zurichois Urs Pfäffli. Le président de GastroZürich-City constate un effondrement du chiffre d’affaires de 60 à 70% pour les restaurants du centre-ville.

Au pied du Simplon, la situation est tout aussi inquiétante pour Heinrich Lauwiner, vice-président de Gastro-Valais et patron de l’hôtel Ganterwald. Cet été, faute de vacanciers, le Haut-Valaisan a su se maintenir en allant chercher la clientèle régionale. Mais depuis les nouvelles restrictions cantonales annoncées mercredi dernier, le patron affirme avoir déjà essuyé plus de 200 annulations.

«Si la situation perdure, je n’aurai plus d’autre solution que de licencier. Je refuse encore d’y penser. Comment pourrais-je me séparer de mon chef de cuisine, qui travaille ici depuis vingt ans? Il fait partie de la famille, c’est inimaginable», appréhende Heinrich Lauwiner. «Il ne s’agit pas seulement de chiffres et de statistiques, des destins humains sont en jeu», ajoute André Roduit, président de Gastro-Valais.

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Des aides indispensables

Face à l’urgence de la situation, les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie plaident pour des aides immédiates et substantielles. Président de l’association des cafetiers du canton de Bâle-Ville, Maurus Ebneter a raconté le désarroi lu dans les yeux de nombreux patrons, qui n’auront bientôt plus d’autre choix que d’envisager la faillite, crédits et réserves étant bientôt épuisés. «Nous exigeons un soutien immédiat du canton de 15 millions de francs, sans quoi nous ne reconnaîtrons plus notre ville l’an prochain», alerte le tenancier de plusieurs établissements de la cité rhénane.

Au-delà des aides financières et de la prolongation des indemnités en cas de réduction de l’horaire de travail, la branche en appelle à une unité de mesures pour un message clair. Surtout, elle exige que le pays évite à tout prix une seconde fermeture, qui signifierait l’arrêt définitif de nombreuses enseignes. A la veille de nouvelles mesures devant être annoncées par le Conseil fédéral, leur cri d’alarme a résonné comme un appel au secours. 

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